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vendredi 23 janvier 2015
La danse des possédés (109)
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jeudi 1 août 2013
Le terril (5)
La Société protectrice des animaux est installée le long d'un des flancs du terril. On y passe souvent, à moitié égaré, absorbé dans ses pensées, bientôt mélancolique. Approcher de ces lieux signifie en effet que le paysage sonore va être troublé, comme contaminé par une maladie. Ce sont des hurlements de nombreux chiens s’additionnant, s'entremêlant et jamais ne donnant l'impression d'une joie commune. C'est la douleur et la tristesse, primaires. On a lu et imaginé L'appel sauvage, The Call of the Wild, et là on subit un appel de vaincus, de condamnés presque. On voudrait se boucher les oreilles, ne plus jamais entendre ça. Et pourtant, on y revient. On y imagine les vies de ces animaux aux parcours divers, à chaque fois uniques. Abandonné sur une aire d'autoroute, confisqué pour mauvais traitements, choyé puis perdu. Riri, Fifi, Loulou et autres Tintin boiteux... Qu'ont-ils vu ? Qu'ont-ils perçu des destinées humaines que leur route a croisées ? Où iront-ils par la suite ? Pour quels enchantements et quelles douleurs ? Tout est possible. Une seule chose ne l'est pas : se rendre visibles aux yeux des promeneurs du terril. On les entend, mais on ne les voit pas.
Ce jour-là, je passe comme d'habitude devant le panneau intimant l'injonction de ne pas jeter de cadavres sur la voir publique et à la place, de contacter telle firme pour le traitement des corps. (Oui, on vit avec ça). Un peu plus loin, une porte et un écriteau : "CHENIL DE NUIT". Un moment, l'esprit s'égare pour ne retenir que l'expression, belle en dehors de tout contexte. Chenil de nuit, Chenil de nuit, Chenil de nuit. Mais qu'est-ce ? J'appuie sur la sonnette et on me fait entrer. On me fait asseoir et attendre, puis on m'emmène dans un autre local. Désormais, comme Pepette, Cannelle, Lucky, Gamin, Choupette, Lady, Prince, Guismo et tous les autres, je sais. En avant.
dimanche 7 juillet 2013
jeudi 17 janvier 2013
Paradigme indiciaire (5)
"Un jour, se promenant
auprès d'un petit bois, il vit accourir à lui un eunuque de la
reine, suivi de plusieurs officiers qui paraissaient dans la plus
grande inquiétude, et qui couraient çà et là comme des hommes
égarés qui cherchent ce qu'ils ont perdu de plus précieux. « Jeune
homme, lui dit le premier eunuque, n'avez-vous point vu le chien de
la reine ? » Zadig répondit modestement : « C'est
une chienne, et non pas un chien. » Vous avez raison, reprit le
premier eunuque. — C'est une épagneule très petite, ajouta
Zadig ; elle a fait depuis peu des chiens ; elle boite du
pied gauche de devant, et elle a les oreilles très longues. — Vous
l'avez donc vue ? dit le premier eunuque tout essoufflé. Non,
répondit Zadig, je ne l'ai jamais vue, et je n'ai jamais su si la
reine avait une chienne.
Précisément
dans le même temps, par une bizarrerie ordinaire de la fortune, le
plus beau cheval de l'écurie du roi s'était échappé des mains
d'un palefrenier dans les plaines de Babylone. Le grand veneur et
tous les autres officiers couraient après lui avec autant
d'inquiétude que le premier eunuque après la chienne. Le grand
veneur s'adressa à Zadig, et lui demanda s'il n'avait point vu
passer le cheval du roi. « C'est, répondit Zadig, le cheval
qui galope le mieux ; il a cinq pieds de haut, le sabot fort
petit ; il porte une queue de trois pieds et demi de long ;
les bossettes de son mors sont d'or à vingt-trois carats ; ses
fers sont d'argent à onze deniers. — Quel chemin a-t-il pris ?
où est-il ? demanda le grand veneur. — Je ne l'ai point vu,
répondit Zadig, et je n'en ai jamais entendu parler. »
Le grand veneur et le premier eunuque ne doutèrent pas
que Zadig n'eût volé le cheval du roi et la chienne de la reine ;
ils le firent conduire devant l'assemblée du grand Desterham, qui le
condamna au knout, et à passer le reste de ses jours en Sibérie. A
peine le jugement fût-il rendu qu'on retrouva le cheval et la
chienne. Les juges furent dans la douloureuse nécessité de réformer
leur arrêt ; mais ils condamnèrent Zadig à payer quatre cents
onces d'or, pour avoir dit qu'il n'avait point vu ce qu'il avait vu.
Il fallut d'abord payer cette amende ; après quoi il fut permis
à Zadig de plaider sa cause au conseil du grand Desterham ; il
parla en ces termes :
« Étoiles
de justice, abîmes de science, miroirs de vérité qui avez la
pesanteur du plomb, la dureté du fer, l'éclat du diamant, et
beaucoup d'affinité avec l'or, puisqu'il m'est permis de parler
devant cette auguste assemblée, je vous jure par Orosmade, que je n
ai jamais vu la chienne respectable de la reine, ni le cheval sacré
du roi des rois. Voici ce qui m'est arrivé : Je me promenais
vers le petit bois où j'ai rencontré depuis le vénérable eunuque
et le très illustre grand veneur. J'ai vu sur le sable les traces
d'un animal, et j'ai jugé aisément que c'étaient celles d'un petit
chien. Des sillons légers et longs imprimés sur de petites
éminences de sable entre les traces des pattes m'ont fait connaître
que c'était une chienne dont les mamelles étaient pendantes et
qu'ainsi elle avait fait des petits il y a peu de jours. D'autres
traces en un sens différent, qui paraissaient toujours avoir rasé
la surface du sable à côté des pattes de devant, m'ont appris
qu'elle avait les oreilles ; très longues ; et comme j'ai
remarqué que le sable était toujours moins creusé par une patte
que par les trois autres, j'ai compris que la chienne de notre
auguste reine était un peu boiteuse, si je l'ose dire. »
Extrait du chapitre 3 de Zadig ou la destinée de Voltaire (1747).
dimanche 7 août 2011
Sur un morceau de poterie, des gouttes de sang
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.Le dimanche, on part en voyage avec d'illustres compagnons : Gustave Flaubert et Maxime Du Camp. Lors de leur expédition en Orient en 1849-1851, les deux hommes captent la vie de pays qui sentent encore l'Ailleurs. Ils passent par Malte, l'Egypte, le Liban, la Syrie, la Palestine, Chypre, la Turquie, la Grèce et l'Italie. Une promenade de deux ans ! Maxime Du Camp est accrédité par le ministère de l'Instruction publique afin de documenter les sites archéologiques visités. C'est ainsi qu'il réalise le plus important reportage photographique de son époque. En guise d'exemple, on trouvera ci-dessus quelques-uns des calotypes pris en Egypte. De son côté, Flaubert tient un journal détaillé de ses pérégrinations. Ces notes ont été éditées et comprennent nombre de pépites. Deux extraits ci-dessous :
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Alors qu'il achève sa visite du site d'Abou Simbel :
"Réflexion : les temples égyptiens m'embêtent profondément. - Est-ce que ça va devenir comme les églises en Bretagne, comme les cascades dans les Pyrénées ? Oh ! la nécessité ! Faire ce qu'il faut faire ; être toujours, selon les circonstances (et quoique la répugnance du moment vous en détourne), comme un jeune homme, comme un voyageur, comme un artiste, comme un fils, comme un citoyen, etc. doit être !"
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Et ici, à proximité du Caire (et en guise de clin d'œil à Jean Rolin) :
"Des chiens blanchâtres, à tournure de loup, à oreilles pointues, hantent ces puants parages ; ils font des trous dans le sable, nids où ils couchent - carcasses de chameaux, de chevaux et d'ânes ; il y en a qui ont le museau violet de sang caillé, recuit au soleil. Des mères pleines se promènent avec leurs gros ventres ; suivant leur caractère individuel, ils aboient aigrement ou se dérangent pour nous laisser passer. Un chien d'une autre tribu est fort mal accueilli lorsqu'il vient dans une tribu étrangère. Des huppes tigrées et au long bec picorent les vermisseaux entre les côtes de charognes - les côtes du chameau, plates et fortes, ressemblent à des branches de palmier dégarnies de feuilles et courbées. Une caravane de quatorze chameaux passe le long des arcs de l'aqueduc pendant que je suis à guetter des vautours - le grand soleil fait puer les charognes, les chiens roupillent en digérant, ou déchiquettent tranquillement.
Après la chasse aux aigles et aux milans nous avons tiré sur les chiens ; une balle qui tombait près d'eux sur le sable les faisait s'en aller lentement sans courir - nous étions sur un mamelon, eux sur un autre ; tout le vallon compris entre eux et nous était dans l'ombre. Un chien blanc posé au soleil, oreilles droites. Celui que Maxime a blessé à l'épaule s'est tourné en demi-lune, a roulé avec des convulsions par terre, puis s'est en allé... mourir dans son trou, sans doute. A la place où il avait été atteint, nous avons vu une flaque de sang, et une traînée de gouttelettes s'en allait dans la direction de l'abattoir. C'est un enclos, de médiocre grandeur, à trois cents pas de là ; mais il y a cent fois plus de charognes en dehors qu'en dedans, où il n'y a guère que des tripailles et un lac d'immondices. C'est au-delà, entre le mur et la colline qui est derrière, que se voient d'ordinaire le plus de cercles tournoyants d'oiseaux - tout le terrain de ce quartier n'est que monticules de cendre et poteries cassées - sur un morceau de poterie, des gouttes de sang."
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Ces deux extraits sont issus de l'édition Folio-Gallimard, p. 158 et pp. 111-112.
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Pour les photos, de haut en bas : Nubie Ibsamboul. Colosse médial, Palais de Karnak. Cour des Buhastites et entrée principale de la salle hypostyle, Nécropole de Thèbes, Grand Temple de Dendérah, Louqsor. Tous ces calotypes sont conservés et ont été numérisés par la BNF.
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Alors qu'il achève sa visite du site d'Abou Simbel :
"Réflexion : les temples égyptiens m'embêtent profondément. - Est-ce que ça va devenir comme les églises en Bretagne, comme les cascades dans les Pyrénées ? Oh ! la nécessité ! Faire ce qu'il faut faire ; être toujours, selon les circonstances (et quoique la répugnance du moment vous en détourne), comme un jeune homme, comme un voyageur, comme un artiste, comme un fils, comme un citoyen, etc. doit être !"
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Et ici, à proximité du Caire (et en guise de clin d'œil à Jean Rolin) :
"Des chiens blanchâtres, à tournure de loup, à oreilles pointues, hantent ces puants parages ; ils font des trous dans le sable, nids où ils couchent - carcasses de chameaux, de chevaux et d'ânes ; il y en a qui ont le museau violet de sang caillé, recuit au soleil. Des mères pleines se promènent avec leurs gros ventres ; suivant leur caractère individuel, ils aboient aigrement ou se dérangent pour nous laisser passer. Un chien d'une autre tribu est fort mal accueilli lorsqu'il vient dans une tribu étrangère. Des huppes tigrées et au long bec picorent les vermisseaux entre les côtes de charognes - les côtes du chameau, plates et fortes, ressemblent à des branches de palmier dégarnies de feuilles et courbées. Une caravane de quatorze chameaux passe le long des arcs de l'aqueduc pendant que je suis à guetter des vautours - le grand soleil fait puer les charognes, les chiens roupillent en digérant, ou déchiquettent tranquillement.
Après la chasse aux aigles et aux milans nous avons tiré sur les chiens ; une balle qui tombait près d'eux sur le sable les faisait s'en aller lentement sans courir - nous étions sur un mamelon, eux sur un autre ; tout le vallon compris entre eux et nous était dans l'ombre. Un chien blanc posé au soleil, oreilles droites. Celui que Maxime a blessé à l'épaule s'est tourné en demi-lune, a roulé avec des convulsions par terre, puis s'est en allé... mourir dans son trou, sans doute. A la place où il avait été atteint, nous avons vu une flaque de sang, et une traînée de gouttelettes s'en allait dans la direction de l'abattoir. C'est un enclos, de médiocre grandeur, à trois cents pas de là ; mais il y a cent fois plus de charognes en dehors qu'en dedans, où il n'y a guère que des tripailles et un lac d'immondices. C'est au-delà, entre le mur et la colline qui est derrière, que se voient d'ordinaire le plus de cercles tournoyants d'oiseaux - tout le terrain de ce quartier n'est que monticules de cendre et poteries cassées - sur un morceau de poterie, des gouttes de sang."
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Ces deux extraits sont issus de l'édition Folio-Gallimard, p. 158 et pp. 111-112.
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Pour les photos, de haut en bas : Nubie Ibsamboul. Colosse médial, Palais de Karnak. Cour des Buhastites et entrée principale de la salle hypostyle, Nécropole de Thèbes, Grand Temple de Dendérah, Louqsor. Tous ces calotypes sont conservés et ont été numérisés par la BNF.
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mercredi 11 mars 2009
Pour Jean Rolin
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Un fait divers sur une autoroute de Santiago au Chili qui aurait pu figurer dans le dernier livre de Jean Rolin Un chien mort après lui (Editions POL). Dans cet ouvrage inclassable, l'auteur offre sa vision du chien errant. Grâce à son regard subtil et malicieux, il livre une impeccable variation sur un thème a priori étonnant nourrie de nombreuses références à la littérature (Proust, Flaubert, Lowry...) et d'anecdotes glanées lors de ses voyages dans le monde entier.
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