mardi 8 février 2011

Le chant des oiseaux

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Je réagis au commentaire de ma publication précédente pour mettre en avant ce curieux et charmant chant publié à Paris en 1528 : Le chant des oiseaux de Clément Janequin. Plusieurs chansons de ce religieux montrent une démarche qui peut nous sembler aujourd'hui expérimentale, mais qui correspond à l'époque à une logique d'imitation de la nature que l'on retrouve dans d'autres arts. La volonté descriptive de Janequin se manifeste dans son utilisation d'onomatopées censées reproduire divers bruits de la nature et de l'activité humaine. C'est ainsi qu'il a également composé des chansons intitulées Les cris de Paris, La guerre ou la Bataille de Marignan.
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Cette démarche relève bien évidemment d'autres raisons que celles qui ont présidé à la naissance de la poésie sonore au 20e siècle, mais elle en constitue un préalable intéressant. Inutile de préciser que les oiseaux ont inspiré à de nombreuses reprises les compositeurs classiques, et ce bien avant Olivier Messiaen et son Catalogue d'oiseaux (1956-1958). Pour citer encore des "anciens", on peut mentionner par exemple plusieurs pièces pour clavecin de François Couperin (Les fauvettes plaintives, Les linottes effarouchées, etc.) ou encore des concertos pour violon d'Antonio Vivaldi (Le coucou, Le chardonneret). Comme illustration un rien ironique, j'ai choisi la Nature morte d'une perdrix et d'une paire de gants peinte en 1504 par Jacopo de Barbari (Munich, Alte Pinakothek). Je retourne étudier mes compilations de Jean C. Roché.
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1 commentaire:

Jean Dezert a dit…

Et voici le texte complet du Chant des oiseaux de Clément Janequin :

Réveillez-vous, cueurs endormis,
Le dieu d’amours vous sonne,
À ce premier jour de may
Oyseaulx feront merveilles
Pour vous mettre hors d’esmay.
Destoupez vos oreilles.
Et farirariron, Et farirariron, Et farirarison,
ferely, ioly, ioly, ioly, ioly, ioly,
Et farirariron, farirariron, ferely, ioly
Vous serez tous en joye mis,
Car la saison est bonne,
Vous orrez, à mon advis, une doulce musique,
Que fera le roy mauvis,
D’une voix authentique :
Ti, ti, ti, ti ,ti, ti, pyti,
Chou-ty, thou-y, thouy,
Toi que dy tu, que dy tu.
Tu di, tu di.
Le petit sansonnet,
Le petit mignon,
Qu’est là bas, passe, passe, vilain!
Saincte teste Dieu!
Quoi, quoi, le petit mignon,
Tost, tost, tost, au sermon,
Le petit sansonnet, din, dan, din, dan.
Il est temps, Guillemette, Colinette,
Il est temps d’aller boire,
Sansonnet de Paris,
Saige courtoys et bien apris,
Au sermon, ma maîtresse,
Sus, ma dame, à la messe
Sainte Caquette
Qui caquette
… ma maîtresse.
À saint Trottin
Voir saint Robin,
Le doux musequin.
Rire et gaudir c’est mon devis,
Chacun s’i habandonne.
Rossignol du boys joly,
À qui la voix resonne,
Pour vous mettre hors d’ennuy
Votre gorge iargonne :
Frian, frian, frian, frian, frian, frian, frian, frian,
ticun, ticun, ticun, ticun, ticun, ticun,
qui la ra, qui la ra, qui la ra,
huit, huit, huit, huit, huit, huit, huit, huit,
fereli fy, cy ty oy ty oy ty ot ty, trr,
tu, tu, tu, tu, tu, qui lara, qui lara,
ticun, ticun, ticun, ticun, ticun,
coqui, teo, teo, teo, teo, teo, teo, teo, teo, teo, teo,
tar, frian, frian, frian, frian, frian, frian, frian,
tycun, tycun, tycun, turry, turry, turry, quiby.
Trr, qui lara qui lara,
Et huit, huit, huit, huit,
quoi, quoi, quoi, quoi, quoi, quoi, quoi, quoi,
qui lara, ticun, ticun, ticun, coqui, coqui, coqui,
tar, tar, tar, tar, tar, fouquet, fouquet, quibi, quibi,
tu, tu, tu, tu, tu, fouquet, fouquet,
fi, ti, fi, ti, frian, frian, frian, frian, fi,ti, tr,
qui lara, qui lara,
huit, huit, huit, huit,
tar, tar, tar, tar, tar, tar, tar, tar,
trr, trr, frr,trr, trr,trr, trr, qrr, qrr, qrr, vrr, vrr, frr, vrr,
frr, frr, frr, frr, frr, frr, frr, frr,
Fuyez, regretz, pleurs et souci, pleurs et soucy,
Car la saison l’ordonne, fuiez, regretz, pleurs et soucy,
Arrière; maistre coucou,
Sortez de no chapitre,
Chacun vous donne au hibou
Car vous n‘estes qu’un traistre,
Car vous n’estes qu’un traistre,
Coucou, coucou, coucou, coucou,
Par tra-i-son, en chacun nid,
Pondez sans qu’on vous sonne,
Reveillez vous, cueurs endormiz, revillez vous,
Le dieu d’amours vous sonne.