mardi 11 mars 2014

Le peintre (4)


Tes parents font partie de la Confrérie de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, du nom de celle qu'on appelle aussi Notre-Dame de la Miséricorde, Notre-Dame du Soledade, Notre-Dame des Angoisses ou Notre-Dame des Larmes. La fuite en Égypte, la souffrance et la mort d'un fils, le froid de la pierre du tombeau, ce n'était quand même pas une mince affaire. J'aime à penser qu'enfant, ces récits t'ont fait tourner chèvre, que ta foi brûlait et t'étouffait. Ce que tu pensais être le Christ guerroyait en toi. Ton seul jouet en bois, c'était une croix, ton unique jeu de rôle, la Passion. Même ton rire sentait l'eau bénite. Tes frères et sœurs te surnommaient le Petit Prophète. Ils te filaient des claques bien senties, rabrouaient tes ébauches de sermon, écrasaient ces pieds que tu aurais voulu stigmatisés : la morve au nez et la foi ne font pas bon ménage. Un jour, tu as eu la fièvre, et dans ton délire, tu t'es vu Choisi (l'humilité est rarement l'apanage du mystique). Et ta mère soupirait. L'enfance qui a des idées fixes est dangereuse. Tu te voyais en saint Georges, Le Peintre, mais ton dragon avait les naseaux garnis de fleurs.

2 commentaires:

Pat a dit…

Van Orley?

Jean Dezert a dit…

Peut-être, peut-être pas...
:-)