samedi 8 mars 2014

Paradigme indiciaire (19)



« Que le visible ne s’interprète qu’en référant à l’invisible. Que la trace, le déchet, l’empreinte, le poil, le détail réfère au fauve qui est passé. Que ce qu’on voit mendie un Ce fut, a besoin du lointain, rêve la nuit, circule par l’autre monde, fait fonctionner le sens comme direction d’une course, d’une précipitation, d’un cheminement, d’une errance. »

« Les traces, par définition, ne sont donc jamais visibles en tant que traces. Elles ne sont visibles que si elles sont cherchées comme des marques de ce qui n’est plus là.
Toute trace est une bête absente, une chasse possible de ce qui ne s’y voit pas. Seule leur attente les découvre. Je pose ces deux thèses : Il y a une lecture en amont de toute écriture comme il y a des signes avant la langue naturelle.
Toujours l’image qui manque précède. […]
Seul le mélancolique chasse sans fin (aoristiquement). Seul il voit sans cesse, partout, la trace du perdu merveilleux, le vestige de la reine, l’empreinte de la "vraie".
Seul le mélancolique porte avec lui la joie arbitraire et foudroyante. »
Pascal Quignard, Sur le jadis, Paris, Grasset, 2002, pp. 85-86 et 69 (source, voir ici).



2 commentaires:

alr a dit…

Ah ça, ça me parle diablement!

Merci! (comme souvent)

Jean Dezert a dit…

Mais de rien, avec plaisir...