lundi 28 septembre 2009

Sur le ring

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Il y a encore peu de temps, je ne connaissais de l'art brut ou 'outsider' que ses aspects muséaux les plus connus. Et puis, j'ai découvert la merveilleuse compilation Musics in the Margin (Sub Rosa) où se cotoient des artistes cultes du genre, Wesley Willis, Daniel Johnston, mais aussi des noms nettement moins connus comme les inénarrables André Robillard, Chantal Robette et Galaxia. Ce type de musique, réalisée par des excentriques et/ou des handicapés mentaux, pose évidemment beaucoup de questions sur les procédés de la création artistique, sur la diffusion et la visibilité des produits de cette dernière et sur la position de l'auditeur par rapport à de nombreuses musiques 'non-brutes'. Personnellement, j'entends peu de différences entre la plupart des morceaux, inventifs et sensibles, de la compilation et nombre de musiques que j'écoute par ailleurs.
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Un petit tour en librairie et les conseils avisés d'un ami bien attentionné m'ont fait découvrir récemment un autre pan de la culture 'brute' : celle de la bande dessinée. Match de catch à Vielsalm (Frémok, 2009) résulte de la collaboration en 2007 et 2008 entre artistes porteurs d'un handicap mental du Centre d’Expression et de Créativité La Hesse et plasticiens de la plate-forme Frémok (dont on connaît par ailleurs les oeuvres à la charnière de la bande dessinée, de l'illustration et de la poésie). Ce magnifique ouvrage contient des collaborations en duo entre Adolpho Avril et Olivier Deprez, Rémy Pierlot et Vincent Fortemps, Jean-Jacques Oost et Gipi, Richard Bawin et Thierry Van Hasselt, Dominique Théâte et Dominique Goblet.
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Chacune des histoires possède son esthétique propre, mais on peut relever une tonalité générale fidèle aux réalisations habituelles de Frémok. Noirceur expressionniste, violence graphique imposée par l'utilisation de la gravure, représentations carnavalesques et paysages lunaires. Les visions inscrites sur le papier sont le plus souvent à cheval entre cauchemar et loufoquerie, entre étalage de technique et explosion des sens. Souvent, il est difficile d'identifier l'apport respectif de chacun des deux artistes, soit que la symbiose a particulièrement bien fonctionné, soit qu'un des deux a assujétti sa manière de faire à celle de l'autre. Cela importe peu tant le livre témoigne de l'opportunité de telles rencontres, étranges et belles, indispensables au renouvellement des formes trop souvent éculées de la bande dessinée, qu'elle soit grand public ou plus expérimentale.
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1 commentaire:

Alfredo a dit…

Il y a eu un sujet sur ce bouquin dans Mille-feuilles du 29 septembre 2009. (visible encore quelques jours).

http://www.rtbf.be/ladeux/revoir
Aller direct à 42 min 45 sec (dju j'y suis pas arrivé, me suis tapé le reste).