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mercredi 21 juillet 2010

Commémorations

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"Dans ma nuit, j'assiège mon Roi, je me lève progressivement et je lui tords le cou.
Il reprend des forces, je reviens sur lui, et lui tords le cou une fois de plus.
Je le secoue, et le secoue comme un vieux prunier, et sa couronne tremble sur sa tête.
Et pourtant, c'est mon Roi, je le sais et il le sait, et c'est bien sûr que je suis à son service.
Cependant dans la nuit, la passion de mes mains l'étrangle sans répit. Point de lâcheté pourtant, j'arrive les mains nues et je serre son cou de Roi.
Et c'est mon Roi, que j'étrangle vainement depuis si longtemps dans le secret de ma petite chambre ; sa face d'abord bleuie, après peu de temps redevient naturelle, et sa tête se relève, chaque nuit, chaque nuit.
Dans le secret de ma petite chambre, je pète à la figure de mon Roi. Ensuite j'éclate de rire. Il essaie de montrer un front serein, et lavé de toute injure. Mais je lui pète sans discontinuer à la figure, sauf pour me retourner vers lui et éclater de rire à sa noble face, qui essaie de garder de la majesté.
C'est ainsi que je me conduis avec lui ; commencement sans fin de ma vie obscure.
Et maintenant je le renverse par terre, et m'assied sur sa figure. Son auguste figure disparaît ; mon pantalon rude aux tâches d'huile, et mon derrière -puisque enfin c'est son nom- se tiennent sans embarras sur cette face faite pour régner.
Et je ne me gêne pas, ah non, pour me tourner à gauche et à droite, quand il me plaît et plus même, sans m'occuper de ses yeux ou de son nez qui pourrait être dans le chemin. Je ne m'en vais qu'une fois lassé d'être assis.
Et si je me retourne, sa face imperturbable règne, toujours.
Je le gifle, je le gifle, je le mouche ensuite par dérision comme un enfant.
Cependant il est bien évident que c'est lui le Roi, et moi son sujet, son unique sujet.
A coup de pied dans le cul, je le chasse de ma chambre. Je le couvre de déchets de cuisine et d'ordures. Je lui casse la vaisselle dans les jambes. Je lui bourre les oreille de basses et pertinentes injures, pour bien l'atteindre à la fois profondément et honteusement, de calomnies à la Napolitaine particulièrement crasseuses et circonstanciées, et dont le seul énoncé est une souillure dont on ne peut plus se défaire, habit ignoble fait sur mesure : le purin vraiment de l'existence.
Eh bien il me faut recommencer le lendemain.
Il est revenu ; il est là. Il est toujours là. Il ne peut pas déguerpir pour de bon. Il doit m'imposer sa maudite présence royale dans ma chambre déjà si petite. (...)"

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Extrait de Mon roi du recueil La nuit remue (1967) de Henri Michaux.

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dimanche 10 mai 2009

Les meilleurs voyages retardent l'enchantement

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"Je hais les voyages et les explorateurs."

Claude Levi-Strauss, Tristes Tropiques (1955), Pocket, Collection Terre humaine/Poche, p. 9.
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"Dimanche de Noël 1927.
Paris.

Voilà deux ans qu'il a commencé, ce voyage. On m'avait dit : "Je t'emmènerai." Deux ans, une sorte de constipation et maintenant, c'est pour mardi matin. Je suis soumis toute la journée à une sorte de projection à distance. On cherche mon regard. Quel effort il me faut pour revenir à moi, et combien "impur" est ce retour, comme quand on cède à une image de sexe dans la prière.

3 heures.

Je n'ai écrit que ce peu qui précède et déjà je tue ce voyage. Je le croyais si grand. Non, il fera des pages, c'est tout."

Henri Michaux, Ecuador. Journal de voyage. 1929, 1968. Bibliothèque de la Pléiade, vol. 1, 1998, p. 141.
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mercredi 10 décembre 2008

Images du monde visionnaire


Je découvre sur Ubuweb Images du monde visionnaire réalisé par Eric Duvivier d'après les conseils et avec la participation d'Henri Michaux (1964). Il s'agit d'un film éducatif "produced in 1963 by the film department of Swiss pharmaceutical company Sandoz (best known for synthesizing LSD in 1938) in order to demonstrate the hallucinogenic effects of mescaline and hashish" (d'après l'excellent blog Ombres blanches d'où la photo ci-dessus est issue). Le film est d'ailleurs également visible sur Canal U (un site français consacré à des vidéos éducatives pour l'enseignement supérieur) dans sa section médecine. Comme pour certains de ses écrits, Michaux exploite son expérience de consommateur de drogues. Le résultat, plutôt flippant, se rapproche du cinéma d'avant-garde de cette époque. D'ailleurs, Eric Duvivier a par la suite adapté le recueil de collages de Max Ernst La femme 100 têtes.
Pour plus d'infos, voir sur Ombres blanches.