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jeudi 13 octobre 2011

La revenance animale prouve-t-elle l'existence de l'âme animale ?

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On est plongé dans l'essai de Daniel Sangsue intitulé Fantômes, esprits et autres morts-vivants. Essai de pneumatologie littéraire (José Corti, 2011). On copie le passage ci-dessous (pp. 57-58) en pensant à un camarade amateur de fantômes et de dézingue poétique de la gent animale.
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"Animaux fantômes

(...) Ils sont très présents dans les récits populaires et on les retrouve par conséquent chez les auteurs attentifs à ce genre de récits. Par exemple Walter Scott se réfère, dans Peveril du Pic, à "la légende bien connue du chien Mauthe, esprit ou démon", qui hante une église "sous la forme d'un gros mâtin noir à poil long". Dans les Légendes rustiques, George Sand évoque toutes sortes de "bêtes revenates" du Berry : chiens, brebis, pie, "lupeux", et dans Histoire de ma vie, les "apparitions de la grand-bête" qu'elle considère comme appartenant aux hallucinations collectives des "gens de campagne" qui l'ont marquée dans sa jeunesse. elle reproduit le récit d'un sacristain sur des rats censés réincarner des morts : "Il les connaissait tous, il leur avait donné les noms des principaux habitants morts dans le bourg depuis une quarantaine d'années. A chaque nouveau mort, il voyait surgir un nouveau rat qui s'attachait à ses pas et le tourmentait par ses grimaces."
Il existe des animaux revenant en corps, des animaux spectres, etc. et la typologie déclinée à propos des morts-vivants humains peut donc leur être appliquée, du moins en partie. Ainsi, dans "Mademoiselle Cocotte" de Maupassant (1883), on a affaire à une revenance intérieure : la chienne noyée par François quelques mois auparavant et dont il voit la charogne dériver devant lui lors d'une baignade n'est pas une morte-vivante, elle n'est une revenante que pour l'esprit de ce pauvre domestique hanté par le remords."
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On peut en outre livrer une petite anecdote : "La photo ci-dessus à été prise par une photographe amateure, Madame Filson. Présentes sur la photographie, Lady Hehir et sa chienne Tara. Cependant, nous pouvons très facilement distinguer la présence d'un autre chien, donc la tête se retrouve près du postérieur de Tara.
Madame Filson et Lady Hehir ont immédiatement reconnu la chienne terrier Kathal, qui était la compagne de jeux favorite de Tara. Kathal était morte quelques semaines avant la prise de la photographie, et son apparition est du moins, inexplicable. Nous ne pouvons distinguer qu'une tête de chien, très nette qui semble se tenir devant l'objectif. Le négatif d'une photo à été soumise au British College of Psychic Science en 1927, aucun trucage n'a pu être découvert."
Ernest Bozzano, Les apparitions, les pouvoirs inconnus de l'homme, 1978, pp. 30-37.
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jeudi 23 juin 2011

Défilé hanté

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Photographies d'Halloween prises autrefois par des anonymes et collectées par Ossian Brown (du groupe Coil) dans un ouvrage intitulé Haunted Air (Jonathan Cape, 2010).
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jeudi 18 novembre 2010

Ar baradoz - Au Paradis

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Ces derniers temps, il est de bon ton de chercher de l'hypnagogie et l'hantologie un peu partout dans la musique. Besoin de catégorie ou reflet réel d'une tendance récente ? Quel que soit la réponse à cette question, il est certain que des artistes introduisent depuis longtemps des fantômes dans leur musique. Un des albums les plus marquants dans ce genre est à mon sens Breizhiselad du Français Eric Cordier (Erewhon, 2006). Un exemple parfait de 'musique concrète' hypnotisante et mystérieuse où l'émotion naît du travail sur le son, mais aussi du souffle émanant de "ces voix qui se sont tues". Ci-dessous, Eric Cordier, dans un texte de 2006, nous explique la genèse de cet album indispensable.
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Eric Cordier jouera de la vielle à roue en compagnie de Keiji Haino le 10, le 11 ou le 12 décembre (à préciser) aux Ateliers Claus, pour un concert à ne pas rater (comme l'ont déjà constaté les spectateurs de leur duo à Hasselt il y a quelques mois).
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"Breizhiselad est une tentative de réécriture de pièces maîtresses de la musique traditionnelle de Basse Bretagne. En dehors de quelques prises de sons, la matière de ce disque est entièrement constituée d'extraits de deux chansons de la face A d'un disque 25cm des années 50 ou 60. L'enregistrement est mono, réédition (augmentée) d'un 78t paru dans les années 40.

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La généalogie de ce projet commence par la découverte de ce disque par un cousin breton, Thibaut Leguillou, chez sa grand-mère. Dès la première écoute, j'ai trouvé cet enregistrement à la fois génial et horrible. Horrible par les arrangements du type musique chorale de catéchisme, et génial par la beauté de la mélodie et la conviction que mettent les chanteurs. Autre particularité, l'importance du support. Le vinyle source est presque effacé à force d'avoir été trop écouté, comme poli, abrasé sous une mer de craquements.

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Mon projet a donc consisté en la transposition d'une musique traditionnelle dans le genre électroacoustique, avec une volonté de conserver les points forts de la source tout en effaçant l'édulcoration cléricale subie par ces chants populaires.

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Si le disque source a tant été écouté par une génération antérieure, c'est qu'il noue, différentes problématiques qui ont résonné dans la tête des auditeurs. Il est un des premiers enregistrements où la langue bretonne retrouve sa place après quelques décennies de mise à mal et de censure.

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L'édition sur disque, un support moderne, dans une collection nationale a constitué une revalorisation de chants et d'une langue qui étaient dépréciés et considérés comme obsolète par l'intelligentsia et l'état. D'autre part les thématiques abordées par les chants sont celle de l'espoir en des jours meilleurs :
Ar baradoz « Le paradis » et l'attache au pays : Bro goz ma zadou. Le premier est prétendument attribué à un saint, mais plus vraisemblablement écrit par Michel Le Noblez de Kerodern au XVIe siècle. Le second est une adaptation par Taldir Jaffrenou, au milieu du XIXe, d'un chant traditionnel Gallois parmi les plus populaires.
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Composé entre mai et octobre 2003 avec une pédale de délai sophistiquée : GSP 2101, un module de traitement TC (G Force) et des dispositifs électroniques construits à la main. Cette pièce n'utilise pas Max-MSP
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mardi 1 septembre 2009

Art hantologique

Félix Nadar, Pierrot photographe, 1854, épreuve sur papier salé, 0.286 x 0.21 cm, Paris, Musée d'Orsay.
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Je suis piètre photographe, mais comme tout le monde, j'ai parfois envie de faire des progrès et de réaliser de beaux "clichés". Ma lecture récente de la collection d'essais Sur la photographie de Susan Sontag (paru une première fois en 1973 et traduit de l'anglais par Philippe Blanchard, réédité en français dans la collection Titres aux éditions Christian Bourgois en 2008) me soulage d'un poids (assez relatif j'en conviens) et me donne envie de ranger définitivement l'appareil photo au grenier. En effet, le premier texte, Dans la caverne de Platon, décrit dans une langue didactique et avec une volonté manifeste d'en découdre les implications éthique et idéologique de l'acte de la photographie. La théorisation précise et aiguisée de l'auteur affecte tous les champs possibles : photographies issues des cadres familial, journalistique et artisitique. Que l'on soit d'accord ou non avec elles, les nombreuses propositions de Susan Sontag donnent à réfléchir sur l'essence même d'un médium rarement critiqué.
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Extraits :
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p. 23 : "Grâce aux photographies, chaque famille brosse son propre portrait et tient sa propre chronique : portefeuille d'images qui témoignent de sa cohésion. Les activités photographiées importent à peine, pourvu que les photos soient prises et conservées avec amour. La photographie devient un rite de la vie familiale au moment précis où, dans les pays d'Europe et d'Amérique qui s'industrialisent, on taille dans le vif de cette institution. Alors que le noyau familial, cette unité étouffante, se voyait extrait d'une constellation familiale beaucoup plus vaste, la photographie intervint pour pérenniser, réaffirmer de façon symbolique, la continuité menacée et l'étirement aux limites de la vie familiale. Ces traces spectrales que sont les photographies assurent la présence minimale des parents dispersés. L'album d'une famille a en général pour sujet la famille au sens large, et représente souvent tout ce qu'il en reste."
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p. 24 : "Manière de certifier le vécu, prendre des photos est aussi une manière de le refuser, en le limitant à la recherche du photogénique, en le convertissant en image, en "souvenir". Le voyage devient une stratégie dont le but est d'accumuler des photographies. L'activité même de photographier a un effet calmant et atténue le sentiment de désorientation générale que le voyage a toute chance d'exacerber. La plupart des touristes se sentent obligés d'interposer l'appareil photo entre eux et tout ce qu'ils peuvent rencontrer de remarquable. N'étant pas sûrs de savoir comment réagir, ils prennent une photo. Cela donne forme au vécu : on s'arrête, on prend une photo et on repart."
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p. 26 : "Espoirs écrasés, extravagances de jeunes, guerres coloniales et sports d'hiver, c'est tout un : l'appareil photo les met tous à égalité. L'activité photographique a institué une relation de voyeurisme chronique avec le monde, qui nivelle la signification de tous les évènements."
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p. 32 : "Nous sommes à présent en plein dans une époque nostalgique, et les photographies contribuent activement à promouvoir la nostalgie. La photographie est un art élégiaque, un art crépusculaire. Par la seule vertu de la photographie, l'aile du pathétique effleure presque tous les sujets. Un sujet laid ou grotesque peut être émouvant, du fait de la dignité que lui a conférée l'attention du photographe. Un beau sujet peut cristalliser la tristesse, du fait de son vieillissement, de sa dégradation ou de sa disparition. Toutes les photos sont des memento mori. Prendre une photo, c'est s'associer à la condition mortelle, vulnérable, instable d'une autre être (ou d'une autre chose). C'est précisément en découpant cet instant et en le fixant que toutes les photographies témoignent de l'oeuvre de dissolution incessante du temps."
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p. 38 : "Souffrir est une chose ; vivre avec les photographies de la souffrance en est une autre, et cela ne renforce pas nécessairement la conscience ni la capacité de compassion. Cela peut aussi les corrompre. La première image de cette espèce que l'on voit ouvre la route à d'autres images, et encore à d'autres. Les images paralysent. Les images anesthésient. Un évènement connu par des photographies acquiert un surcroît de réalité qu'il n'aurait pas eu sans elles : pensons à la guerre du Vietnam. (...) Mais aussi, après que ces images ont été imposées à notre vue de façon répétée, il perd de sa réalité."
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mardi 5 mai 2009

Hantologie

Caspar David Friedrich, L'abbaye d'Oakwood, 1809-1810, Berlin, Schloss Charlottenburg
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Cela fait plusieurs fois que je suis interpellé par le concept d'hauntology dans la presse anglo-saxonne, car il est utilisé pour désigner des musiques qui me plaisent beaucoup. Ce mot est la traduction d'"hantologie", un néologisme forgé par Jacques Derrida dans son ouvrage Spectres de Marx (édité pour la première fois en 1993 aux Editions Galilée).
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D'après le Derridex (un index des termes de l'oeuvre de Derrida), l'hantologie est synonyme de "logique spectrale" et le spectre est une "Etrange voix, à la fois présente et non présente, singulière et multiple, porteuse de différence, aussi fantomatique qu'un être humain, différente d'elle-même et de son propre esprit. Il est un autre et plus d'un autre. Il désarticule le temps. Il est une trace. Quoique venant du passé, portant un héritage, il est imprévisible et surtout irréductible, ce qui fait de l'hantologie un concept central de l'œuvre de Derrida, plus ample que l'ontologie." "Ce qui s'y joue est le rapport à l'autre, l'autre d'un autre temps, en tant qu'il n'est pas présent, mais ne cesse de revenir. Il y va de l'esprit en tant qu'il parle, ce qui n'est pas rien. Chaque fois, c'est un évènement."
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Dans le domaine de la musique, l'hantologie désignerait le travail d'artistes, le plus souvent électronique, évoquant des mondes et époques disparus. Les fantômes convoqués dans ces musiques "hantées" le seraient par le travail sur le son lui-même (intégration de craquements par l'usage de vieux vinyles, déformation des voix...), mais aussi par l'intégration d'éléments issus de ce passé révolu (jingles d'émissions radios obscures, vieux blues...). Les artistes fréquemment associés à ce genre sont Philip Jeck, Burial, The Caretaker ou Mordant Music. Les labels Ghost Box, Touch et Trunk sont également souvent rapprochés de cette tendance.
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Par ailleurs, je me demande dans quelle mesure l'intérêt pour les musiques traditionnelles dont témoigne la sortie de nombreuses compilations de vieux 78 tours (Victrola Favorites, Secret Museum of Mankind et d'autres, dont on parlait ici) ou pour les field recordings en milieu naturel (par exemple Chris Watson) ne relève pas aussi de cette sensibilité hantologique. Dans les deux cas, la nostalgie d'un "paradis perdu" est une composante essentielle de l'attrait de ces musiques. Le concept d'hantologie est assez flou, mais il est intéressant car il touche à des pratiques sonores pas toujours proches a priori, mais significatives par rapport aux thèmes de la relation au passé et du recyclage en musique. Pour aller au-delà de cette introduction sommaire et mieux cerner ce genre, voir de nombreux posts sur le blog k-punk, ici ou encore .
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