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jeudi 27 février 2014

L'usage sonore du monde (24)


Ne pas avoir mentionné la publication du dernier disque de Marc et Olivier Namblard jusqu'à présent est un crime tant leurs prises de sons naturalistes dans les Cévennes sont fascinantes. Différentes captations de milieux, d'animaux, de phénomènes géophoniques y sont présentées et contribuent à une réflexion sur le paysage des Cévennes. Comme souvent avec les disques des Namblard, la distance entre le monde "sauvage" et l'homme est réduite par l'acte de l’enregistrement. Pour ne citer qu'un exemple parmi d'autres, on se retrouve ainsi, avec un peu d'imagination et les oreilles grandes ouvertes, au centre d'une carcasse dévorée par un groupe de vautours fauves et moines. Et on a rarement entendu le déferlement de la vie avec autant de puissance... Le double album est édité chez Kalerne.
Pour les personnes mobiles, curieuses et belges, Marc Namblard présentera ses travaux sonores et sa vision de l'audionaturalisme ce vendredi 28 février au "Point Culture" à Bruxelles, dans le cadre de la Semaine du son. Plus d'infos ici. Marc Namblard se produira également le samedi 1 mars au "Point Culture" de Liège à 18.00 (voir ici).
Pour rappel, on avait interviewé le monsieur il y a quelques temps. A lire .

samedi 16 novembre 2013

L'usage sonore du monde (21)







J'ai le plaisir de mentionner la publication du très beau magazine annuel Almanach Soldes #3. Ma contribution, illustrée par Philippe Lardy et Martha Rich (voir les deux dernières photos ci-dessus), revient sur l'audionaturalisme et le travail de Marc Namblard. En haut, la couverture et quelques feuillets de présentation de la revue. Une cinquantaine d'auteurs et d’illustrateurs ont contribué au volume et on y trouve, entre autres, des interviews de Frans de Waal (sur les primates et les origines de la morale), Frank Zappa, Christian Marclay... On y trouve aussi un manifeste de "Guerilla Gardening", des comics et bien d'autres choses. Pour ceux que ça intéresse, on trouvera ici un historique du magazine, dont une première mouture a vu le jour au début des années 1980 et a été adoubée par Andy Warhol ! Ça se trouve en librairie et ça se commande . Diverses soirées de lancement auront lieu à Paris (Point éphémère, Palais de Tokyo...), Bruxelles, Marseille... Pour le détail, voir ici.

vendredi 4 janvier 2013

Retour (9)


J'ai répondu à quelques  questions pour la revue Sciences et Avenir. Merci à Arnaud Devillard. Pour lire l'interview, aller voir ou ci-dessous. Mes réponses ont été raccourcies par souci de concision, mais ce n'est pas grave.

SHAMA. En 1889, le phonographe Edison existe depuis une douzaine d’années. C’est avec cet appareil que le tout premier enregistrement connu du chant d’un oiseau est réalisé par... un enfant de huit ans ! L’Allemand Ludwig Koch, futur preneur de son spécialiste de l’enregistrement de chants d’oiseaux et de sons urbains, avait en effet l’habitude de traîner son phonographe dans la ménagerie familiale. Il capta ainsi le chant d’un shama à croupion blanc, inaugurant de ce qui allait devenir une véritable discipline : l’audio-naturalisme.
Alexandre Galand, docteur en histoire, art et archéologie, détaille cette pratique méconnue dans un livre, Field recording. Enregistrements de la faune (biophonie), bruit de la pluie, du vent, des volcans, des vagues (géophonie), sans oublier les captations de musiques du monde entier, dans les îles du Pacifique, chez les Inuits, au Rajasthan ou dans le Mississippi, l’exercice se situe à la croisée de la démarche artistique et scientifique.

Sciences et Avenir: A la lecture de votre livre, les disques de chants d’oiseaux semblent avoir d’abord une vocation artistique. Ont-ils aussi une visée scientifique ?
Alexandre Galand: L’audio-naturalisme s'est principalement développé en dehors du cadre de la recherche académique. La dimension artistique de cette pratique paraît évidente : on n’enregistre et on n’édite pas de la même manière un chant d’oiseau, le brame du cerf ou le roulement des vagues. Cela dit, l’audio-naturalisme relève de plusieurs domaines scientifiques : la biologie, l'acoustique ou la géographie, et l’audio-naturaliste est souvent un bon naturaliste avant tout.
Les disques engendrés peuvent donc être écoutés pour le loisir, l'évasion, mais aussi participer d'une prise de conscience des problèmes écologiques de notre temps. Sans oublier la portée éducative; je pense aux guides conçus pour apprendre à reconnaître les chants et cris d’oiseaux.

SetA: De tels enregistrements ont-ils suscité de réelles découvertes ?
AG: C’est en tout cas un terrain d’études très fertiles. Il suffit pour s’en rendre compte de consulter la revue Bioacoustics.
Il faut aussi mentionner l’existence de la zoomusicologie. Cette discipline, contestée, étudie les aspects musicaux des productions acoustiques animales : les structures, les répétitions ou encore la durée des intervalles des cris et chants animaux.
Pour les domaines qui m’intéressent, c’est-à-dire ceux du disque et des interpénétrations entre art et science, je retiens le cas du compositeur californien David Dunn. Pour son disque The Sound of Light in Trees, il a conçu un système d’enregistrement de très petite taille afin de révéler le paysage sonore de l’intérieur d’un pin à pignons, un arbre du nord du Nouveau-Mexique. Dunn souligne alors un problème écologique majeur : la prolifération des scolytes. Ces coléoptères xylophages consomment habituellement le bois des arbres les plus faibles et participent ainsi à la régénération des forêts. Or, avec le changement climatique entraînant des hivers plus chauds, ces insectes ont tendance à se multiplier et à décimer des forêts entières. Dunn a collaboré avec des agents forestiers afin de localiser les populations d’insectes sur le point de s’activer, en se fondant sur leur production sonore. Ce travail a permis de prendre des mesures pour freiner l’expansion des colonisateurs.

SetA: Et dans le domaine des musiques traditionnelles ?
AG: Là, l’origine de la captation de musiques sur le terrain (field recording, en anglais, ndlr), est directement liée au domaine scientifique. Jusqu’aux années 1950 et 1960, ce sont presque uniquement des ethnomusicologues qui enregistrent. La pratique n’est pas encore disponible pour le tout venant, notamment en raison du coût des appareils que seules des institutions officielles peuvent prendre en charge.

SetA: Que recherche l'ethnomusicologue ?
AG: Il serait difficile de le résumer en quelques phrases, mais disons que l’ethnomusicologie s’intéresse notamment aux origines de la musique (qui d’après certains serait apparue avant le langage). Qu’est-ce qui, parmi les différentes productions sonores humaines, peut être considéré comme de la musique, et par qui ? Existe-t-il des universaux, c’est-à-dire des traits communs à des groupes humains parfois très éloignés géographiquement, dans la pratique, la manière de penser et les structures de la musique ?
Avec des gens comme Alan Lomax, Hugh Tracey ou Deben Bhattacharya apparaissent ensuite des collecteurs de musiques non plus seulement intéressés par leur portée scientifique, mais aussi par leur valeur patrimoniale et leur capacité à susciter l’émotion. Transmettre ces musiques vers un plus large public est d’une importance capitale.

SetA: Côté technique, on est passé du phonographe au nagra et aujourd’hui aux enregistreurs numériques. Cette évolution vers plus de maniabilité a-t-elle fait évoluer le « field recording », tant dans sa pratique que dans ses contenus ?
AG: Jusqu’au milieu du 20e siècle, la durée d’un enregistrement au phonographe est très limitée. Avec l’invention du magnétophone, mais aussi avec les disques 33-tours de longue durée, on a pu donner une meilleure idée de ces sons et musiques et de leur contexte d’exécution.
Il reste que l’usage du matériel le plus sophistiqué n’est jamais une garantie de réussite artistique. Dans l’enregistrement de terrain, l’écoute est une étape primordiale. Savoir réagir de manière sensible, parfois intuitive, à l’irruption de phénomènes sonores intéressants est tout aussi important. La technique ne favorise en rien ces aptitudes.

SetA: Vous expliquez qu’il existe de moins en moins d’espaces vierges, que les captations de sons de la nature sont souvent parasitées par la présence humaine. Faut-il la gommer ? D’autant que le numérique facilite les choses..
AG: La possibilité de manipuler des sons n’a pas attendu le numérique pour se développer. Echantillonner des disques, découper la bande magnétique, accélérer ou décélérer, ajouter des effets : tous ces procédés existent depuis des décennies.
Dans le cadre de l’audio-naturalisme, l’opérateur doit au minimum restituer des enregistrements respectant la cohérence écologique (cohabitation des espèces). Pour le reste, gommer la présence humaine est impossible, l’enregistrement lui-même est dû à la présence et à l’action d’un audio-naturaliste ! Ensuite, en occultant les bruits d’origine anthropique (rumeur urbaine, moteurs d’avions), ne risque-t-on pas de transmettre un fantasme de nature plutôt que sa réalité, même si celle-ci est décevante ? Ce choix revient à l’opérateur.

lundi 6 août 2012

L'usage sonore du monde (3)






La richesse sonore de la forêt tropicale a fasciné les artistes et les audio-naturalistes au point de susciter nombre d'enregistrements. Dans une histoire qui laisserait de côté les disques purement opportunistes, il faudrait citer les incontournables Sounds of a Tropical Rain Forest in America (édité en 1952 chez Folkways), Ambiances de Papouasie de Jean C. Roché (1993), Viva La Selva! de Natasha Barrett (1999), La Selva de Francisco López (1999) ou encore les Rainforest Soundwalks de Steven Feld (2002). A cette liste non exhaustive où se côtoient compositions à la limite de l'abstraction et restitutions d'ambiances, on peut désormais ajouter le tout récent Sempervirent du Français Rodolphe Alexis, paru chez Gruenrekorder
En novembre et décembre 2011, l'artiste a travaillé dans différentes zones protégées du Costa Rica afin d'y capter images et sons de la forêt. Sur les dix pistes qui composent l'album, Alexis se fait passeur. Son intervention se résume en effet à un travail d'édition minimal. L'essentiel s'est passé sur le terrain où le preneur de sons a réussi à surprendre le maelström biologique si bien décrit par Edward O. Wilson dans son essai Biophilie (dont on publiait un extrait ici). Dans le cas précis de Sempervirent, maelström ne sous-entend pas pour autant vacarme. Rodolphe Alexis a en effet privilégié des ambiances plutôt apaisées où les chants d'amphibiens, cris de singes hurleurs et de perroquets alternent avec quiétude malgré la montée en puissance d'un orage. Sempervirent est un terme de botanique qui signifie 'toujours vert' et désigne donc des forêts aux arbres toujours couverts de feuilles. On apprécie cette idée de permanence que communique l'écoute du disque. Durant la dernière piste, un vent léger évolue tandis que des cigales émettent leur chant nocturne. Ces quelque cinq minutes garantissent ainsi un engourdissement que l'on voudrait prolonger. Les photographies ci-dessus sont également issues de la mission de Rodolphe Alexis.

samedi 19 mai 2012

Mnémotourisme (3)



Le 19 mai est une date particulière pour les amateurs de chants d'oiseaux. Le 19 mai 1924, il y a 88 ans aujourd'hui, la BBC transmet en direct une performance de la violoncelliste anglaise Beatrice Harrison dans un jardin d'Oxted. Là, en plein air, elle joue du Dvorak et du Rimsky-Korsakov tandis que les rossignols chantent autour d'elle, réagissant soi-disant aux sons de l'instrument ! Il s'agit de la première fois aussi où des oiseaux sauvages sont enregistrés et diffusés. Ce programme marque tant les esprits que chaque année le 19 mai (même après le déménagement de la musicienne en 1936), la BBC retourne sur place pour y mener à bien une séance similaire. Un des disques issus de ces concerts peut être écouté ici.
Pour l'anecdote, c'est ainsi que le 19 mai 1942 est enregistré de façon impromptue le passage de cent nonante-sept avions de guerre en route pour bombarder Mannheim. Ce document sonore unique (audible ) croise ainsi intérêt pour les oiseaux et grande histoire...

vendredi 4 mai 2012

Oiseau-lyre



On étudie l'oiseau-lyre (ou ménure).
Cet oiseau australien a le talent incroyable de savoir imiter le cris et chants d'un grand nombre d'espèces animales, mais aussi de bruits d'origine humaine (moteurs, tronçonneuses...).
Pour une fois, ce n'est pas l'homme qui s'inspire de la nature. 
Deux disques de référence :
Peter Bruce, The Lyrebird. A documentary study of its song (Folkways, 1966)
Remy Bruckert, Le mystère de l'oiseau-lyre (Auvidis, 1997)

mardi 7 février 2012

Paléoaudionaturalisme

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Un ami m'envoie que des chercheurs ont reconstitué le chant d'un grillon fossile vivant il y a 165 millions d'années : l'Archaboilus musicus. Pour plus d'infos et écouter cette expérience de paléoaudionaturalisme, pour emprunter le mot de l'ami en question, voir ici.
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Du coup, on se plonge à nouveau dans Le monde des dinosaures, un album étrange et beau de Jean-Luc Hérelle édité chez Frémeaux et Associés. A propos de ce disque, l'éditeur annonçait ceci :
“La publication des ambiances naturelles des dinosaures au jurassique dans la très sérieuse collection bio-acoustique de Frémeaux & Associés (éditeur scientifique de l’acoustique des milieux naturels) pourrait passer pour une mauvaise plaisanterie faite au public et à la presse spécialisée.
Pourtant, le bio-acousticien Jean-Luc Hérelle vous propose bel et bien d’écouter l’iguanodon et le tyranno­saure dans une forêt de séquoias géants du jurassique inférieur (une époque remontant à quelques 200 millions d’années).
La réalisation et la création de cette matière sonore est fondée sur des découvertes scientifiques récentes sur le lien de descendance entre les dinosaures et les oiseaux actuels et sur les modélisations de dinosaures réalisées par les paléontologues grâce à l’ensemble des découvertes scientifiques opérées depuis le XIXe siècle.
La similitude de l’appareil respiratoire des dinosaures avec celui des oiseaux permet de réaliser des simulations de souffles et de cris sur des animaux infiniment plus gros en réduisant la hauteur des fréquences par la vitesse de l’enregistrement afin de proposer une estimation plausible de ce qu’ont pu être leurs cris. Frémeaux & Associés présente le travail interprétatif, mais néanmoins fondé scientifiquement de Jean-Luc Hérelle, qui propose au grand public de tout âge une véritable immersion sonore dans la préhistoire.”
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