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mercredi 17 septembre 2014

Mnémotourisme (33)


Où l'on assiste à une des naissances de l'archéologie, avec Thucydide au 5e siècle avant JC, dans la première partie de l'Histoire de la guerre du Péloponnèse, justement appelée L'archéologie. Et je souligne en gras un passage significatif. 
Et en pensant à ces temps où les choses naissaient encore, j'essuie ma truelle sur mon pantalon.
"VIII. - Les habitants des îles, Cariens et Phéniciens, s'adonnaient tout autant à la piraterie ; car c'étaient eux qui avaient occupé la plupart des îles. En voici une preuve : dans la présente guerre, quand les Athéniens purifièrent Délos et qu'on enleva toutes les tombes de l'île, on constata que plus de la moitié appartenait à des Cariens, ainsi que l'attestèrent les armes enfouies avec les morts et le mode de sépulture, encore en usage chez les Cariens d'aujourd’hui. Quand Minos eut constitué sa puissance maritime, les communications par mer devinrent plus faciles de peuple à peuple ; il fit disparaître des îles les pirates, d'autant mieux qu'il colonisa beaucoup d'entre elles ; les habitants du bord de la mer commencèrent à acquérir des richesses et à se construire des habitations plus solides ; quelques-uns même devenus plus riches entourèrent leurs villes de murailles ; dans leur amour du gain, les faibles subissaient la domination des forts, et les plus riches, avec les ressources dont ils disposaient, se soumettaient les cités plus faibles. Telles étaient encore les moeurs quand, longtemps après, les Grecs entreprirent leur expédition contre Troie."

THUCYDIDE, HISTOIRE DE LA GUERRE DU PÉLOPONNÈSE, TRADUCTION NOUVELLE ET INTRODUCTION PAR JEAN VOILQUIN, PROFESSEUR AU LYCÉE SAINT-LOUIS, AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITÉ. NOTES DE JEAN CAPELLE, PROFESSEUR HONORAIRE AU LYCÉE SAINT-LOUIS, AGRÉGÉ DE L'UNIVERSITÉ, PARIS, LIBRAIRIE GARNIER FRÈRES, 6, RUE DES SAINTS-PÈRES, PARIS, sans date. (voir ici pour le texte dans son intégralité) 
Ci-dessus, un buste de Thucydide du Musée d'Ontario.

jeudi 1 mai 2014

La Naissance de la Musique


"Derrière moi, sous un tas de feuilles suspendues à des branches qui font office de dais, on vient d'étendre le corps gonflé et noir d'un chasseur mordu par un crotale. Fray Pedro dit que la mort remonte à plusieurs heures. Cependant, le Sorcier se met à secouer une calebasse pleine de petits graviers, seul instrument que ces gens connaissent pour tâcher d'éloigner les mandataires de la Mort. Il se fait un silence rituel, annonciateur des formules magiques, qui porte à son comble l'expectative générale. Alors, dans la vaste forêt qui s'emplit de terreurs nocturnes, la Parole surgit. Une parole qui est désormais plus que simple parole, qui prend la voix de celui qui exprime et celle qu'on attribue aussi à l'esprit du cadavre. L'une sort de la gorge du rebouteur ; l'autre, de son ventre. L'une est grave et confuse tel un bouillonnement de lave souterrain ; l'autre, au timbre moyen, est coléreuse et criarde. Elles alternent et se répondent. L'une menace quand l'autre gémit ; celle du ventre devient sarcasme quand celle qui surgit du gosier devient pressante. On entend des espèces de portamenti gutturaux, qui se prolongent en hurlements ; des syllabes qui soudain se répètent beaucoup, finissant par créer un rythme ; il y a des trilles soudain coupés par quatre notes qui sont l'embryon d'une mélodie. Puis c'est la vibration de la langue entre les lèvres, un mugissement rentré, un halètement à contre-mesure, sur la calebasse. C'est quelque chose qui se place bien au-delà du langage et qui cependant est encore très loin du chant. quelque chose qui ignore la vocalise, mais est déjà plus que le mot. Ces cris sur un cadavre entouré de chiens muets deviennent vite horribles et effrayants. Le sorcier le prend à partie maintenant, vocifère, frappe le sol de ses talons, dans une crise de fureur imprécatoire qui est, déjà, la vérité profonde de toute tragédie, tentative primordiale de lutte contre les puissances de destruction qui se mettent en travers du calcul des hommes. J'essaye de rester en dehors, de garder les distances. Mais je ne puis me soustraire à l'horrible fascination que cette cérémonie exerce sur moi... Devant l'obstination de la Mort, qui refuse de lâcher sa proie, la Parole mollit, se décourage. Dans la bouche du Sorcier, du rebouteur orphique, le Thrène - car c'est un thrène que j'entends - râle et s'affaisse convulsivement et me laisse ébloui sous le coup d'une révélation : je viens d'assister à la Naissance de la Musique."

Extrait de : Alejo Carpentier, Le partage des eaux, 1956.

vendredi 10 mai 2013

Mnémotourisme (18) : La mort cessera d'être absolue


La négation de la mort apparaît comme une thématique fréquente lorsqu'il s'agit de rendre compte de l'invention du cinématographe à la fin du 19e siècle. Ci-dessous par exemple, un texte anonyme paru dans La poste du 30 décembre 1895 (édité récemment dans la très belle anthologie Le cinéma : naissance d'un art 1895-1920 de Daniel Banda et José Moure, Champs arts, 2008).
Et ci-dessus, Le repas de bébé de Louis Lumière, film dont il est question dans l'article. Par rapport à la conclusion de ce dernier, il ne paraît pas inutile de préciser qu'Andrée, la fille d'Auguste Lumière et sa femme Marguerite, mourra plus tard, en 1918, de la grippe espagnole.
Alors, absolue ?

On voit Andrée dans d'autres films des frères Lumière comme La Pêche aux poissons rouges.

"MM. Lumière, père et fils, de Lyon avaient hier soir convié la Presse à l'inauguration d'un spectacle vraiment étrange et nouveau, dont la primeur a été réservée au public parisien.
Ils ont installé leur ingénieux appareil dans l'élégant sous-sol du Grand Café, boulevard des Capucines.
Figurez-vous un écran, placé au fond d'une salle aussi grande qu'on peut l'imaginer. Cet écran est visible à une foule. Sur l'écran apparaît une projection photographique. Jusqu'ici rien de nouveau. Mais tout à coup l'image de grandeur naturelle ou réduite suivant la dimension de la scène, s'anime et devient vivante.
C'est une porte d'atelier qui s'ouvre et laisse échapper un flot d'ouvriers et d'ouvrières avec des bicyclettes, des chiens qui courent, des voitures ; tout cela s'agite et grouille. C'est la vie même, c'est le mouvement pris sur le vif. 
Ou bien c'est une table intime, une famille réunie autour d'une table. Bébé laisse échapper de ses lèvres la bouillie que lui administre le père, tandis que la mère sourit. Dans le lointain, les arbres s'agitent ; on voit le coup de vent qui soulève la collerettte de l'enfant.
Voici la vaste Méditerranée. Elle est encore immobile, comme dans un tableau. Un jeune homme, debout sur une poutre, s'apprête à s'élancer dans les flots. Vous admirez ce gracieux paysage. A un signal, les vagues s'avancent en écumant, le baigneur pique une tête, il est suivi par d'autres qui courent plonger dans la mer. L'eau jaillit de leur chute, le flot se brise sur leur tête ; ils sont renversés par le brisant, ils glissent sur les rochers.
La photographie a cessé de fixer l'immobilité. Elle perpétue l'image du mouvement.
La beauté de l'invention réside dans la nouveauté et l'ingéniosité de l'appareil.
Lorsque ces appareils seront livrés au public, lorsque tous pourront photographier les êtres qui leur sont chers non plus dans leur forme immobile mais dans leur mouvement, dans leur action, dans leurs gestes familiers, avec la parole au bout des lèvres, la mort cessera d'être absolue."

samedi 6 octobre 2012

La vie


Cet élégant modèle obstétrique en terre cuite (1773-1776) de l'Italien Giovan-Battista Manfredini fige le Mystère, mais ne l'éteint pas.

mercredi 9 novembre 2011

Une berceuse pour aller dormir


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Hier, c'était un peu comme ça.
Pour plus d'infos sur la vidéo (un documentaire d'Alain Epelboin et François Gaulier, 1987, CNRS), voir ici.
Bonne nuit.
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mardi 23 novembre 2010

Celebrate Birth - Just Breath

Aujourd'hui, ce blog a deux ans. En guise de célébration, je souhaite saluer l'arrivée d'Henri, il y a quelques heures. Bienvenue. Celebrate Life... Just Breath...

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