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mercredi 27 août 2014

Mnémotourisme (32)







Ici, le massacre se présente uniquement sous la forme du trompe-l’œil. Ce n'est pas le cas ailleurs.

Ces peintures de Jean-Jacques Bachelier datent toutes du 3e quart du 18e siècle et sont conservées au musée national du château de Fontainebleau (voir ici pour détails).
De haut en bas :
- Bois d'un cerf attaqué par l'équipage du Roi au Bois Guérin, le 1er Juin 1778
- Bois d'un cerf chassé par le Roi près de l'Etang Royal, 14 mai 1773
- Bois de cerf attaqué dans les tailles d'Epernon et pris le 2 juin 1764
- Bois de cerf attaqué à la Haute-Queue, le 5 Juillet 1764, à Compiègne
- Bois de cerf chassé par le Roi à Saint-Hubert le 10 Juin 1767
- Bois de cerf pris par le Roi le 1er juillet 1767

samedi 8 mars 2014

Paradigme indiciaire (19)



« Que le visible ne s’interprète qu’en référant à l’invisible. Que la trace, le déchet, l’empreinte, le poil, le détail réfère au fauve qui est passé. Que ce qu’on voit mendie un Ce fut, a besoin du lointain, rêve la nuit, circule par l’autre monde, fait fonctionner le sens comme direction d’une course, d’une précipitation, d’un cheminement, d’une errance. »

« Les traces, par définition, ne sont donc jamais visibles en tant que traces. Elles ne sont visibles que si elles sont cherchées comme des marques de ce qui n’est plus là.
Toute trace est une bête absente, une chasse possible de ce qui ne s’y voit pas. Seule leur attente les découvre. Je pose ces deux thèses : Il y a une lecture en amont de toute écriture comme il y a des signes avant la langue naturelle.
Toujours l’image qui manque précède. […]
Seul le mélancolique chasse sans fin (aoristiquement). Seul il voit sans cesse, partout, la trace du perdu merveilleux, le vestige de la reine, l’empreinte de la "vraie".
Seul le mélancolique porte avec lui la joie arbitraire et foudroyante. »
Pascal Quignard, Sur le jadis, Paris, Grasset, 2002, pp. 85-86 et 69 (source, voir ici).



jeudi 6 février 2014

Paradigme indiciare (17)


" Un chasseur, du nom de Michael Hulzögger, raconte un almanach de la région, partit un jour d’été de l’année 1738 pour la forêt de l’Untersberg. Il ne revint pas, et ne se montra nulle part ailleurs. On tint finalement qu’il s’était perdu ou qu’il était tombé d’une paroi rocheuse. Quelques semaines plus tard, son frère fit dire une messe pour le disparu, aux communaux où se trouve un pèlerinage aux environs de la montagne. Or, durant la messe, le chasseur entra dans l’église pour rendre grâce à Dieu de son retour miraculeux. Mais de ce qui lui était arrivé, de ce qu’il avait appris dans la montagne, il ne souffla mot, il resta muet et grave, et déclara qu’il n’y avait rien à dire de plus que ce qu’avait écrit là-dessus Lazarus Gitschner : les enfants et petits-enfants ne devaient en apprendre guère plus. Ce Lazarus Gitschner pourtant n’avait rien vu qu’une galerie sous le Königsee et l’empereur Frédéric, devenu fantôme sur le Welserberg, aussi un livre avec des prophéties et tout ce qui était déjà par ailleurs entré dans les légendes. Impossible de tirer autre chose du chasseur. Mieux, en pleine contradiction avec sa nature antérieure, il devint bientôt complètement muet. L’archevêque Firmian de Salzbourg avait aussi entendu parler de la disparition et de la réapparition énigmatique du chasseur, il le fit appeler. Mais Hulzhögger resta tout aussi muet devant le prince de l’église ; à toutes les questions il répondait qu’il ne pouvait ni ne devait rien dire de ses aventures : seule la confession lui était permise. Après la confession, l’évêque abdiqua sa charge pastorale et se tut jusqu’à sa fin. Elle ne tarda pas à survenir pour l’un comme pour l’autre : elle fut paisible, dit-on. " 

Extrait de Ernst Bloch, Traces (Spuren), 1930 (1968 pour la traduction française chez Gallimard)
 

vendredi 16 novembre 2012

Mnémotourisme (13)




 



Lieux de chasses passées... 
Notre regard "désauvagé" brouille les pistes. Qui de la proie, du prédateur ou du "cadre" fait ici le plus objet de nostalgie ? 
Ces photos, et d'autres, malheureusement sans références, ont été trouvées ici. A propos des autres clichés, on remarquera l'association récurrente du cadavre de l'animal avec le véhicule du chasseur, support d'exposition à notre avis hautement significatif...

dimanche 4 novembre 2012

La tâche d'en dominer le déferlement sur la terre






Ce samedi, nous sommes allés écouter un concert de sonneries de trompes de chasse "en présence de la clé de saint Hubert", exposée à l'occasion de la fête du patron des chasseurs. Pour l'occasion, on livre un extrait du passionnant Sang noir. Chasse, forêt et mythe de l'homme sauvage en Europe de l'ethnologue Bertrand Hell (réédité cette année chez L’œil d'Or). On espère que ce concert en forme de remède prophylactique nous préservera d'éventuelles fureurs noires à venir...

"Au IXe siècle, à l'époque où s'établit le pèlerinage de saint Hubert, l’évêque de Reims, Hincmar, lance un appel véhément : "Il faut rechercher ardemment l'aide des saints qui règnent sur la terre par des miracles ; vers leurs tombeaux les malades viennent et sont guéris, les paysans accourent et cessent d'être la proie du diable, les possédés du démon s'y hâtent et sont délivrés". Cette exhortation sera très largement entendue, et de longues colonnes de pèlerins vont affluer de manière quasi ininterrompue jusqu'à nos jours, vers le sanctuaire des Ardennes. Affluence certes, mais point de recours fortuits. Le culte des saints mis en place durant le Moyen Âge est un système thérapeutique, dans lequel les puissances thaumaturges respectives des saints guérisseurs se complètent. A chaque saint est dévolu un champ spécifique de guérison-délivrance : saint Roch et la peste, saint Antoine et l'érysipèle, saint Acaire et le mal des acariâtres, etc. ; à chaque dévotion, qui comprend des éléments spécifiques tels le rituel ou la légende hagiographique, incombe la fonction de rendre cette spécificité lisible à tous. Voilà pourquoi, en prenant simplement comme exemple le pays ardennais, les possédés souffrant de deux affections psychopathologiques apparemment identiques ne vont pas implorer le même saint. Les hommes livrés au mal de saint Guy (convulsions liées à la chorée) se rendent à Echternach, au Luxembourg, auprès de saint Willibrod, un moine anglais contemporain de saint Hubert. Là, ils trouvent la guérison grâce à un rite célèbre, la procession dansante autour du tombeau (les dévots font trois sauts en avant suivis de deux sauts en arrière). En revanche, les enragés, les frappés du haut mal et tous ceux qu'étreint une fureur noire se placent sous la protection de saint Hubert. Dans le réseau des saints guérisseurs, saint Hubert occupe une place particulière, liée à sa capacité de maîtriser les débordements les plus noirs. Mais, outre la métamorphose animale des possédés, sous quelle autre forme ces forces sauvages associées au sang noir se manifestent-elles au regard de l'Eglise ? Le clerc appelé à la barre du tribunal bordelais au début du XVIIe siècle nous apporte la réponse : "En nostre âge, de récente mémoire, on a vu des apparitions nocturnes de chasseurs criants comme vrais chasseurs et entendu des bruits de cornets, de chiens, de chevaux, de lumières qui ne sont autres que démons" (Procez criminel contre Jean Grenier). Ces chasseurs démoniaques viennent de l'au-delà, et à saint Hubert seul incombe la redoutable tâche d'en dominer le déferlement sur la terre."