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mercredi 19 novembre 2014

L'usage sonore du monde (30)


Dans un essai passionnant intitulé Culture, nature, environnement. Vers une écologie de la vie (issu de l'indispensable Marcher avec les dragons édité en 2013 par le non moins indispensable Zones Sensibles, et traduit de l'anglais par Pierre Madelin), Tim Ingold plaide pour une "écologie du sensible", une "poétique de l'habiter" et pour une reconsidération de "l'intuition". C'est assez fort. Par peur de les simplifier, je ne présenterai pas par le menu toutes les idées de ce texte. Au détour de considérations sur les rapports qu'entretiennent forme et sensation, Ingold s'intéresse à l'exemple de la musique, car celle-ci "peut aller jusqu'à refléter... la morphologie de la sensation." (pour reprendre les termes de Susanne Langer, citée par l'auteur dans son article), et s'arrête sur le cas de Leoš Janáček. Et il y est notamment question d'écoute, de chant, des vagues et de "l'arbre de vie"...

"Dans (un) essai, Janáček décrit un épisode de sa vie où, debout au bord de la mer, il transcrivait le son des vagues. Les vagues "déferlent en essaims, toujours plus haut ; chacune jette son motif, râlant. Celle-ci murmure, celle-là hurle" (Janáček, Ecrits, choisis, traduits et présentés par Daniela Langer, 2009, p. 180). La figure ci-dessus est une reproduction de ce qu'il nota dans son carnet. Mais ces esquisses musicales ne sont pas de simples comptes rendus mécaniques des sons tels qu'ils parvenaient à ses oreilles. Car Janáček ne se contente pas d'entendre, il écoute. Autrement dit, sa perception est aiguisée par une attention soutenue. Comme le fait d'observer et de sentir, l'écoute est un acte. Au moment où il est attentif, le mouvement de la conscience du compositeur fait écho aux sons des vagues, et chaque esquisse donne forme à ce mouvement. 
Mais Janáček nous apprend quelque chose de plus. Tout au long de sa carrière, il fut un collectionneur compulsif de ce qu'il appelait les "mélodies du langage". Il gribouillait la forme mélodique de bribes de conversations recueillies auprès de toutes sortes de personnes, à travers leurs activités quotidiennes : une ménagère appelant ses poules en répandant du grain, un vieil homme grommelant alors qu'il se rend à son travail, des enfants en train de jouer, etc. Mais ces notes ne se réduisaient pas aux sons humains. La parole, pour Janáček, est une sorte de chant, et il en va de même de tous les autres sons qui résonnent dans notre conscience, des bruits des vagues au gloussement des poules dans une ferme ou à la "nuit sanguinaire" d'un moustique, en passant par le tintement d'une vieille cloche rouillée ou le son inquiétant d'une conduite d'eau éclatée. Nous faut-il donc penser qu'à travers ces mélodies, la nature tente de communiquer avec nous, de nous envoyer des messages encodés dans des motifs sonores ? Le point de vue de Janáček est assez différent. Selon lui, il nous faut cesser de penser aux sons de la parole comme s'ils étaient de simples véhicules de la communication symbolique, comme s'ils ne servaient qu'à extérioriser des états intérieurs tels que des croyances, des propositions ou des émotions. Car le son, comme l'écrit Janáček, "s'épanouira en un être complet [...]. Il n'est point de sons qui soient détachés de l'arbre de vie" (Janáček 2009, p. 197, 306 ; italiques de l'auteur)."

mardi 15 juillet 2014

L'usage sonore du monde (27)





Le monde est trop bruyant. Et il fait peur. Mais au final, du bruit et du silence, c'est le second qui gagnera. Et l'éléphant, l'enfant, le lecteur, sera rassuré. C'est peu dire qu'on a beaucoup aimé le très beau Vacarme de Gaëtan Dorémus (Notari, 2014).

lundi 7 janvier 2013

L'usage sonore du monde (19)


Walter Ruttmann Melodie der Welt 1929 (un extrait ci-dessus et le film entier ci-après)

vendredi 28 septembre 2012

L'usage sonore du monde (7)



En 1846, après avoir obtenu son diplôme de médecin, le jeune Thomas Henry Huxley embarque sur le Rattlesnake pour une expédition hydrographique aux larges des terres d'Australie et de Nouvelle-Guinée. Les notes qu'il prend durant ce voyage laissent à peine deviner sa future carrière de naturaliste. Celui qui sera bientôt un des plus fidèles amis (et promoteur des idées) de Darwin alterne plutôt des observations à caractère intime avec des descriptions des mœurs des "sauvages" rencontrés. Ci-dessous, on livre un extrait (pp. 217-218) issu de son voyage de retour, entre avril et octobre 1850. Ce Voyage sur le Rattlesnake a été traduit par Ancré Fayot et édité cette année dans la prometteuse collection Biophilia chez José Corti. Ci-dessus, le daguerréotype date de 1846 et la peinture du Rattlesnake, par Sir Oswald Walters Brierly, de 1853.

"4 mai
Nuit épouvantable - un grand frais de vent - le navire roulait fortement et impossible de dormir. Oh, cette odeur abominable et ces bruits ! Dans son récit du siège de Mayence, Goethe énumère quinze catégories de bruits qu'il entendit au cours d'une nuit sans sommeil. J'entendais quant à moi :
1. Le craquement des cloisons.
2. Le clapotis de la mer contre le flanc du navire.
3. Le sifflement du vent.
4. Le un, deux, trois, hisse ! des matelots.
5. Des matelots qui déboulent sur le pont.
6. Un chat qui miaule.
7. Un chien qui saute la tête la première par-dessus un compagnon.
8. Des chiots qui jappent.
9. Des poules qui gloussent.
10. Des canards qui cancanent.
11. Des chèvres qui bêlent, ou plutôt qui gémissent, comme font les chèvres d'Australie.
12. Des cochons qui grognent ou qui couinent.
13. L'officier de quart qui crie.
14. Le second maître qui joue du sifflet.
15. Des gens de toute sorte qui jurent.
16. Un enfant qui pleure.
17. Le garde qui pique la cloche.
18. Le cacatoès qui hurle.
19. Les perroquets qui jacassent.
20. L'eau à hauteur de cheville qui va et vient dans ma cabine et dans le poste des aspirants.
Et je me dis ingénument et avec un peu d'inquiétude que je pourrais encore en trouver quelques-uns."

mercredi 29 août 2012

La paix règnera sur terre


Dans son récit mélancolique Yucca Mountain, John D'Agata s'intéresse au projet (désormais avorté) de stockage de tous les déchets nucléaires américains sur le seul site de Yucca Mountain, dans le Nevada, à 140 kilomètres de Las Vegas. Bien au-delà du reportage et du pamphlet écologiste, l’écrivain a réussi à traiter, dans un texte parsemé d'interrogations vertigineuses et de descriptions épiques, de sujets aussi divers que la distance temporelle, le suicide, le Cri de Munch ou l'évolution du langage. Rien de moins. On suit avec attention les sorties de la maison d'édition belge Zones sensibles, qui a publié le livre cette année.

"Il n'a pas eu besoin que, dix millions d'années auparavant, la Terre soulève une montagne du fond de l'océan en Indonésie, une île de 16 km2 appelée Rakata, l'une des 13000 îles de l'étroit détroit de la Sonde au sommet de laquelle se dresse Krakatoa, un volcan légendaire. Son éruption en 1400 av. J.-C. aurait causé des raz-de-marée d'une puissance telle que l'Atlantide fut engloutie. Puis son éruption en l'an 537 aurait tellement assombri le ciel qu'il neigea à Rome au mois de juin, que les récoltes en Europe furent catastrophiques, que les déserts furent inondés, que des Mongols nomades, fuyant les intempéries, s'enfuirent vers l'ouest par tribus entières, en Eurasie, renversèrent l'Empire perse et fondèrent l'Islam moderne. Ce volcan, que les habitants appelaient le "cœur palpitant du monde", n'aurait pas dû entrer en éruption avec autant de puissance une fois encore le 25 août, une semaine avant la promenade d'Edvard. Il entra en éruption à 17h30, puis le lendemain matin à 6h40, puis à 8h21, puis à 10h, 10h50, minuit, puis à 1h du matin, et finalement à 3h30 le 26 août. L'éruption fut si forte qu'elle rasa 160 villages et tua 40000 personnes. Les radiométristes déclarèrent que c'était le deuxième bruit le plus fort jamais entendu par des oreilles humaines ; l'éruption déclencha des ondes de choc d'une violence inouïe qui firent sept fois le tour de la planète, provoquant des explosions d'un kilomètre et demi de haut, avant de s'abattre sur la Terre et envelopper l'atmosphère de 227 millions de tonnes de nouveaux débris, plus des deux tiers de la masse rocheuse de l'île. Le panache de cendres qui se forma se répandit si rapidement que des bureaux britanniques de Delhi rapportèrent avoir vu un nuage de particules jaunes le soir du 28 août, qui devint orange à Madrid le 29 août, se mêla à la moiteur de Londres le 31 août, formant un front glacial de pluie et de poussière qui dériva vers l'ouest en direction de la Norvège, où les nuits étaient très venteuses. Quand le jour parut, ce nuage de poussière révéla un ciel rouge qui saignait déjà."

jeudi 9 août 2012

L'usage sonore du monde (4)



L'homme n'a bien entendu pas attendu la révolution industrielle pour marquer le paysage sonore des campagnes de son empreinte indélébile. Dès l'Antiquité, l'exploitation des forêts, la chasse, le culte, la guerre, le commerce et même les activités quotidiennes occasionnent quantité de sons rivalisant avec le "chant" de la nature. Il est pourtant vrai que ce phénomène s'est nettement amplifié à partir du 18e siècle lors de l'établissement sans cesse grandissant d'usines en milieu rural. Pour les générations qui avaient connu ce temps seulement rythmé par le retentissement des cloches d'églises, les cris des animaux et bruits d'outils manuels, ces fonderies et autres scies à bois ont dû bouleverser une certaine manière d'appréhender le monde. Dans un extrait justement célèbre de son roman Le rouge et le noir (1830) (voir ci-dessous), Stendhal parle à propos d'une usine à clous de la ville (fictive) de Verrières d'un étourdissement par le "fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence", d'un "bruit qui fait trembler le pavé" et plus loin d'assourdissement. Sur ce sujet touchant à l’histoire des sensibilités, on peut consulter les ouvrages suivants :
Alain Corbin, Les cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXe siècle.
Jean-Pierre Gutton, Bruits et sons dans notre histoire : essais sur la reconstitution du paysage sonore
Raymond Murray Schafer, Le paysage sonore : Le monde comme musique.
Une histoire de la forêt de Martine Chalvet comporterait également des notations intéressantes en ce sens, à suivre...
Comme illustration, une mine de cuivre peinte par Henri met de Bles (Florence, Offices) durant la première moitié du 16e siècle et dont on se plaît à reconstituer mentalement le paysage sonore...

"La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s'étendent sur la pente d'une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.
Verrières est abritée du côté du nord par une haute montagne, c'est une des branches du Jura. Les cimes brisées du Verra se couvrent de neige dès les premiers froids d'octobre. Un torrent, qui se précipite de la montagne, traverse Verrières avant de se jeter dans le Doubs et donne le mouvement à un grand nombre de scies à bois; c'est une industrie fort simple et qui procure un certain bien-être à la majeure partie des habitants plus paysans que bourgeois. Ce ne sont pas cependant les scies à bois qui ont enrichi cette petite ville. C'est à la fabrique des toiles peintes, dites de Mulhouse, que l'on doit l'aisance générale qui, depuis la chute de Napoléon a fait rebâtir les façades de presque toutes les maisons de Verrières.
A peine entre-t-on dans la ville que l'on est étourdi par le fracas d'une machine bruyante et terrible en apparence. Vingt marteaux pesants, et retombant avec un bruit qui fait trembler le pavé, sont élevés par une roue que l'eau du torrent fait mouvoir. Chacun de ces marteaux fabrique, chaque jour, je ne sais combien de milliers de clous. Ce sont de jeunes filles fraîches et jolies qui présentent aux coups de ces marteaux énormes les petits morceaux de fer qui sont rapidement transformés en clous. Ce travail, si rude en apparence, est un de ceux qui étonnent le plus le voyageur qui pénètre pour la première fois dans les montagnes qui séparent la France de l'Helvétie. Si, en entrant à Verrières, le voyageur demande à qui appartient cette belle fabrique de clous qui assourdit les gens qui montent la grande rue, on lui répond avec un accent traînard : Eh ! elle est à M. le maire."

mardi 21 février 2012

Sceptique ? Non.





"Tout bruit écouté longtemps devient une voix."
Victor Hugo, Faits et croyances.




samedi 28 novembre 2009

Sortons !

Luigi Russolo (à gauche) et Ugo Piatti avec leurs machines sonores, les Intonarumori ("joueurs de bruits").
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"Chaque son porte en soi un noyau de sensations déjà connues et usées qui prédispose l'auditeur à l'ennui, malgré les efforts des musiciens novateurs. Nous avons tous aimé et goûté les harmonies des grands maîtres. Beethoven et Wagner ont délicieusement secoué notre coeur durant bien des années. Nous en sommes rassasiés. C'EST POURQUOI NOUS PRENONS INFINIMENT PLUS DE PLAISIR A COMBINER IDEALEMENT DES BRUITS DE TRAMWAYS, D'AUTOS, DE VOITURES ET DE FOULES CRIARDES QU'A ECOUTER ENCORE, PAR EXEMPLE, l'"HEROIQUE" OU LA "PASTORALE".
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Nous ne pouvons guère considérer l'énorme mobilisation de forces que représente un orchestre moderne sans constater ses piteux résultats acoustiques. Y a-t-il quelque chose de plus ridicule au monde que vingt hommes qui s'acharnent à redoubler le miaulement plaintif d'un violon? Ces franches déclarations feront bondir tous les maniaques de musique, ce qui réveillera un peu l'atmosphère somnolente des salles de concerts. Entrons-y ensemble, voulez-vous ? Entrons dans l'un de ces hôpitaux de sons anémiés. Tenez : la première mesure vous coule dans l'oreille l'ennui du déjà entendu et vous donne un avant-goût de l'ennui qui coulera de la mesure suivante. Nous sirotons ainsi, de mesure en mesure, deux ou trois qualités d'ennui en attendant toujours la sensation extraordinaire qui ne viendra jamais. Nous voyons en attendant s'opérer autour de nous un mélange écoeurant formé par la monotonie des sensations et par la pâmoison stupide et religieuse des auditeurs, ivres de savourer pour la millième fois, avec la patience d'un bouddhiste, une extase élégante et à la mode. Pouah ! Sortons vite, car je ne puis guère réprimer trop longtemps mon désir fou de créer enfin une véritable réalité musicale en distribuant à droite et à gauche de belles gifles sonores, enjambant et culbutant violons et pianos, contrebasses et orgues gémissantes ! Sortons !
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D'aucuns objecteront que le bruit est nécessairement déplaisant à l'oreille. Objections futiles que je crois oiseux de réfuter en dénombrant tous ]es bruits délicats qui donnent d'agréables sensations. Pour vous convaincre de la variété surprenante des bruits, je vous citerai le tonnerre, le vent, les cascades, les fleuves, les ruisseaux, les feuilles, le trot d'un cheval qui s'éloigne, les sursauts d'un chariot sur le pavé, la respiration solennelle et blanche d'une ville nocturne, tous les bruits que font les félins et les animaux domestiques et tous ceux que la bouche de l'homme peut faire sans parler ni chanter.
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Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les glouglous d'eau, d'air et de gaz dans les tuyaux métalliques, les borborygmes et les râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation des soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les bonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement des drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer souterrains."
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Extrait de L'Art des bruits. Manifeste futuriste 1913 de Luigi Russolo (édité en français aux éditions Allia, 2006, pp. 15-19).
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mercredi 12 août 2009

De l'heureuse pérennité du "Bruit"

John Cage, Variations III No. 14, 1992, Crown Point Press.
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"La musique à percussion est une révolution. Son et rythme ont été trop longtemps soumis aux restrictions de la musique du XIXe siècle. Nous luttons aujourd'hui pour leur émancipation. Demain, les oreilles pleines de musique électronique, nous entendrons la liberté.
Au lieu de nous donner des sons nouveaux, les compositeurs du XIXe siècle nous ont donné des arrangements sans fin de sons anciens. Nous avons branché des radios et toujours su quand nous étions tombés sur une symphonie. Le son a toujours été le même, et il ne s'est pas manifesté la moindre curiosité quant aux possibilités du rythme. Pour trouver des rythmes intéressants on a écouté du jazz.
Au stade actuel de la révolution, une saine anarchie se justifie. L'expérience doit nécessairement se poursuivre en tapant sur n'importe quoi - casseroles, bols à riz, tuyaux de fer -, tout ce qui tombe sous la main. Non seulement en tapant, mais en frottant, martelant, produisant des sons de toutes les manières possibles. En bref, il faut explorer les matériaux de la musique. Ce qu'on ne peut pas faire soi-même sera fait par les machines et les instruments électriques qu'on inventera.
Les objecteurs de conscience de la musique moderne tenteront, naturellement, n'importe quoi en fait de contre-révolution. Les musiciens n'admettront pas que nous faisons de la musique ; ils diront que nous nous intéressons à des effets superficiels, ou, tout au plus, imitons la musique orientale ou primitive. Les sons nouveaux ou originaux seront marqués "bruit". Mais notre réponse commune à toute critique doit être de continuer à travailler et à écouter, de faire de la musique avec les matériaux, son et rythme, qui lui reviennent, d'ignorer la structure encombrante, mal équilibrée des interdits musicaux. (...)"
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Cet extrait est issu du texte de John Cage But : Musique nouvelle, Danse nouvelle lui-même tiré d'une série d'articles intitulée La musique à percussion et ses rapports avec la danse moderne parue dans Dance Observer en 1939. Il a été écrit à Seattle où John Cage dirigeait alors un ensemble pour percussion. On peut trouver cette traduction dans le recueil de discours et écrits Silence, paru en langue originale en 1961 et en français en 1970 aux Editions Denoël. Ce classique du génial compositeur, à la frontière de l'essai, de la poésie et de la composition musicale, où l'on trouve des textes aussi bien sur Erik Satie, Marcel Duchamp que sur la danse ou la mycologie, a été réédité chez le même éditeur en 2004.
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