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mercredi 19 août 2015

La danse des possédés (116)


Incroyable compilation (chez les très recommandables Moi J'Connais Records) qui s'écoute et s'achète ici.

vendredi 9 janvier 2015

Vers les cimes (51)


Dans cette énorme nuit qui nous entoure, il y a des petites lumières. 
La preuve avec ce conte de l'écrivain italien La petite lumière (Verdier, 2014, ci-dessous pp. 52-54). Texte d'une beauté et d'une mélancolie renversantes où un homme qui a décidé de disparaître découvrira quelque chose d'essentiel, pour lui, mais aussi pour nous, lecteurs. Texte où l'on invective les lucioles et les hirondelles, où le monde s'effondre à rebours, où les enfants vivants font autant de peine que les enfants morts. Texte essentiel donc, qu'on rangera entre les Contes des frères Grimm et la Survivance des lucioles de Georges Didi-Huberman, avec La Melencolia de Dürer punaisée non loin...

"Je sors par le portillon, je le referme machinalement derrière moi, même si ici il n'y a personne et que je pourrais le laisser ouvert. Je me dirige vers le petit cimetière en bas de la descente, avec tous ces lumignons rouges qui palpitent dans la nuit. Je traverse le hameau, je continue à marcher sur la petite route en pente, on entend seulement le bruit de mes pas sous cet immense espace noir et oublié plein d'avalanches d'étoiles. Certaines nuits, quand c'est la bonne période - et en ce moment ça l'est - aux bords de la route, il y a des centaines, des milliers de lucioles. Elles pullulent au milieu du feuillage épais et noir, avec leurs myriades de petites lumières qui s'allument et s'éteignent par intermittence, on a l'impression de marcher dans un monde enchanté. Je fais attention à ne pas écraser celles qui traversent le chemin sombre en voletant à ras de terre, à ne pas cogner de la jambe ou du bras celles qui flottent devant moi comme pour me montrer la route. Quelquefois j'en prends une dans la paume de la main, je regarde de près son pauvre petit corps transfiguré par cette lumière qui filtre de ses parties molles, entre ses petits viscères.
- Ah... vous êtes encore là ! Vous y êtes encore ! j'essaie de dire au milieu de tout ce noir qui grouille de lumières. Alors vous n'avez pas été anéanties par la grêle ! Où vous vous êtes cachées, quand tombaient du ciel des morceaux de glace qui brisaient tout, qui ne s'arrêtaient devant rien, pas même devant les fleurs les plus belles et les plus parfumées ? Où vous êtes cachées la journée, quand personne ne vous voit ? Vous aussi vous devez avoir des petits trous, des petites tanières sous terre, quelque part, où vous vous cachez quand il y a la lumière, quand le ciel se remplit de glace ! Mais comment vous faites pour vous allumer comme ça ? Qu'est-ce qu'il y a dans vos pauvres petits corps d'insectes ? Quelle force vous avez pour pouvoir vous allumer et vous transfigurer comme ça, pour produire une telle lumière qui se voit même de très loin, et pour l'allumer et l'éteindre continuellement, pendant des heures ? Je sais, c'est un appel sexuel. Mais pourquoi il n'y a que vous, parmi tous les insectes, qui avez inventé cet appel ? Comment vous avez fait ? D'où est venue cette petite invention désespérée et cette petite lumière ? Et pour quelle raison, si vous disparaissez aussitôt après, si vous êtes anéanties, si on ne vous voit plus le reste de l'année, si vous vivez quelques semaines seulement, et puis vous sortez d'on ne sait où et vous vous mettez à voler par milliers en faisant pulser l'obscurité de cette nuit qui nous entoure ? Pourquoi ? Pour quelle raison vous vous êtes inventé cette chose inconcevable ? Pourquoi vous vous appelez comme ça l'une l'autre, dans le noir, dans les rares instants que vous passez dans un monde que vous ne voyez pas ? Pour continuer à vous reproduire ? Mais pourquoi ? Pour que d'autres êtres comme vous puissent continuer à se reproduire et à voler pendant quelques semaines, quelques instants, dans cette énorme nuit qui nous entoure ?
Mais elles n'en savent rien. Et, si elles le savent, elles ne me répondent pas."

vendredi 27 juin 2014

La danse des possédés (96)


"Le "tarentulisme" a connu son apogée entre le XVe et le XVIIe siècle dans les Pouilles, en Italie. Durant la saison chaude, en juillet ou en août, une femme (les victimes étaient généralement des femmes) s'était allongée pour faire une sieste dans un champ où elle travaillait. En se réveillant, elle crut avoir été piquée par une araignée, une tarentule, et tomba dans un état dépressif, caractérisé par "une expression à moitié hébétée et absente, une perte d'appétit et d'énergie sexuelle, une apathie générale". Le seul traitement connu consistait à la faire danser pour chasser son mal. Il fallait rapidement engager un petit ensemble de musiciens, souvent composé d'un violoniste, d'un flûtiste et d'un tambour qui connaissaient les airs de danse de la tarentella (tarentelle). Sans cette musique, on disait que les victimes mouraient dans l'heure ou en quelques jours. Des ensembles de musiciens à la recherche de travail parcouraient la campagne pendant la saison du tarentulisme. Une fois sur place, ils faisaient le tour de leur répertoire en essayant d'identifier l'air approprié qui ferait danser la femme déprimée et apathique. Lorsqu'ils tombaient sur le bon air, elle se levait, commençait à danser avec de plus en plus de vigueur, déchirant parfois ses vêtements, touchant ses organes génitaux ou faisant des gestes obscènes qu'elle n'aurait jamais osés dans son état normal. Il arrivait souvent qu'elle quitte la maison, suivie des musiciens, et qu'elle aille sur la place du marché où d'autres se joignaient à elle dans sa danse folle. La musique et la danse étaient contagieuses. 
(...)
Les chants et les danses étaient exécutés dans un tempo très rapide et répétés à l'infini. Avec des interruptions pour se reposer, la musique et la danse pouvaient durer toute une journée ou même plusieurs jours. Finalement, la victime s'effondrait d'épuisement, ses parents la nourrissaient et la mettaient au lit pour un long sommeil. A son réveil, elle se souvenait à peine ou pas du tout de ce qui lui était arrivé et reprenait sa vie là où elle l'avait laissée plusieurs jours auparavant."

Extrait de Musique et transe de Judith Becker dans Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle. 3. Musiques et cultures (sous la direction de Jean-Jacques Nattiez), pp. 458-487.

lundi 28 avril 2014

Le terril (14)


 

Je ne saurai rien de ma vie
sang obscur et monotone.
Je ne saurai rien, qui j'aimais, qui j'aime
maintenant que replié, réduit à mes
membres,
dans le vent pourri de mars
j'énumère les maux des jours déchiffrés.
Des branches déjà s'envole la fleur maigre
Et moi j'attends
la patience de son vol irrévocable.
(Salvatore  Quasimodo)

Le plus beau film belge, peut-être un des plus beaux films de l'histoire du cinéma, a été tourné sur des terrils.
Déjà s'envole la fleur maigre de Paul Meyer (1960) n'est toujours pas disponible en dvd. Nous sommes en 2014. Et moi j'attends la patience de son vol irrévocable...

samedi 6 octobre 2012

La vie


Cet élégant modèle obstétrique en terre cuite (1773-1776) de l'Italien Giovan-Battista Manfredini fige le Mystère, mais ne l'éteint pas.

vendredi 13 avril 2012

Le monde perdu


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Ce dimanche 15 avril au Cercle du Laveu (Rue des Wallons, 145, Liège, ouverture des portes à 20.00), un regard documentaire sur l'Italie du Sud dans les années 1950 par Vittorio De Seta.
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"Si 20e siècle rime avec destruction, effondrement et oubli, nous ne voulons pas nous complaire dans le défaitisme ou la nostalgie. Des lumières, fugaces il est vrai, continuent à nous guider, nous qui voulons renverser les barrières du clinquant et de l'efficace. Ces feux de joie, d'amour et d'intelligence auront brûlé comme rarement ailleurs dans ce qui a été nommé le cinéma documentaire. Capter la parole, saisir l’éphémère, faire de la caméra le médium d'une relation vibrante et essentielle entre le spectateur et le sujet filmé. Mais aussi enregistrer ce qui bientôt ne sera plus. A tout jamais. Ainsi de Vittorio De Seta dans les années 1950. Durant cette période, le réalisateur filme plusieurs courts métrages dans le Sud de l'Italie, en Sicile et en Calabre. Là, un mode de vie ancestral va s'éteindre sous peu : la pêche à l'espadon dans le détroit de Messine, la moisson en Sicile intérieure, la fête païenne du « Sapin » dans les montagnes calabraises... Conscient de ce qui est sur le point de disparaître, De Seta capte avec force et lyrisme ces paysans et ces pêcheurs, ces chants de travail et ce perpétuel combat amical avec les éléments naturels. Bref, un cinéma essentiel au service de la Mémoire (sans être passéiste) et de la Beauté (sans être formaliste). Vittorio De Seta est décédé le 28 novembre 2011. Réactivons ce « Monde Perdu » pour un soir !
Musiques captées par Alan Lomax sur les mêmes lieux à la même époque en apéro et en dessert."
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lundi 19 mars 2012

Chaque pensée s'envole

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On s'envole sous peu pour le Bois sacré de Bomarzo, au Nord de Rome. Dans ce jardin élaboré durant la Renaissance à l'initiative du condottiere Vicino Orsini, monstres, êtres fantastiques et constructions fantasmagoriques se côtoient et se couvrent de mousse. On y empruntera un sentier qui mène tout droit dans la bouche de l'Ogre, la porte des Enfers, puis...
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mardi 14 septembre 2010

Terre de Dieu

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Pour continuer la thématique marine entamée ce début de semaine, j'ai enfin vu hier soir Stromboli, terra di Dio (1950) de Roberto Rosselini. Grand film dans lequel, cela a été souligné plusieurs fois, fiction et aspirations documentaires s'entremêlent parfaitement, dans lequel le mélodrame se transforme en parabole biblique et les forces naturelles se déchaînent comme dans peu d'autres films (l'omniprésence du volcan et cette éruption finale terrifiante, mise à profit par le réalisateur). Et il y a cette extraordinaire scène de pêche au thon (voir ci-dessus) avec chant de pêcheurs, grouillement animal et prière finale. Ou encore la bénédiction du prêtre et le chant des femmes du village sur des barques au large des côtes abimées par l'éruption. Grand film donc.

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mardi 22 septembre 2009

Maîtres fous (II)

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Les Italiens Virginia Genta (saxophone) et David Vanzan (batterie) officient sous le nom de Jooklo Duo. A eux deux, ils forment la base de plusieurs formations (Golden Jooklo Age, Neokarma Jooklo Experience...) et ont sorti quantité de disques, notamment sur le fameux label Qbico. Leurs errances les ont amenés à collaborer avec Sonny Simmons, Chris Corsano ou encore Makoto Kawabata de l'Acid Mothers Temple. Leur fire music ressuscite le free jazz le plus exalté des années 1960. Parfois, ils se laisssent perdre dans un brouillard psychédélique évoqué à l'aide d'instruments tribaux et d'incantations mystiques.
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En décembre 2008 et janvier 2009, ils ont vécu à Saint-Etienne (France) avec le bassiste Jeremie Sauvage et le batteur Mathieu Tilly du groupe France. Les improvisations entreprises avec ces derniers ont donné naissance au projet Maîtres fous, dont un disque est paru sur le propre label des Italiens, Troglosound. Virginia Genta et David Vanzan ont gentimment accepté de rappeler la genèse de cette rencontre musicale.
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"On december 2008, after many travels, we found ourselves in Saint Etienne, France, to share music and life with our friends Mathieu Tilly and Jeremie Sauvage ("France"), and on our first day there we had a long session of wild free improvisation with all kinds of gongs, percussions, flutes and so on. Later that night, during the mixing of this recording, totally random someone played in the house the movie "Les Maitres Fous" but on mute, only images, and we realized that looking at it and hearing the new recording we did was a true complete experience, perfectly fitting. From here we got the name of the newborn band and its first release (Troglosound 003). After watching at the movie with our own soundtrack we couldn't find any other name out of that. We suggest you to try this!"
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Début décembre, Neokarma Jooklo Trio donnera quelques concerts en Belgique (dont un à Liège à confirmer) avec un attirail spécial : vielle à roue, harpe fabriquée et saxophone. On se réjouit d'ores et déjà de les revoir...
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mercredi 14 janvier 2009

Il ne faut pas confondre les petitesses du monde avec les offenses du monde

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Je découvre le cinéma de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub (en cours d'édition dans la collection, une fois encore, Le geste cinématographique des Editions Montparnasse) via leur film Sicilia ! (1998, 63'). Découverte n'est pas un mot usurpé tant mon impression de révélation face à un cinéma aux formes et procédés inhabituels a été grande.
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Le film est adapté du roman Conversazione in Sicilia d'Elio Vittorini (écrit en 1937-38 et disponible en français dans la collection L'imaginaire, Gallimard). On y suit un émigré sicilien parti aux Etats-Unis depuis de longues années et de retour dans son pays natal. Successivement, il y rencontre un vendeur d'oranges, des voyageurs dans le train, sa mère et enfin un aiguiseur de couteau philosophe. Les conversations qu'il engage avec eux, déclamées sur un mode très théâtral, parlent de l'exil bien sûr, mais aussi de la trahison, de l'amour, de la tradition et de bien d'autres thèmes traités sans tomber dans l'explicatif banalisant.
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Au même plan que le "discours" du film ou les éléments et personnes filmées, la mise en scène assume une grande part de l'émotion suscitée chez le spectateur. D'abord, le cadrage de chaque plan est sublime. Les raccords souvent bruts, les aller-retour de la caméra sur le même paysage et la prise de son directe (j'ai rarement été autant attentif aux chants d'oiseaux ou bruits de machines dans un film) entraînent l'immersion du spectateur dans un nouveau monde. Monde de colère et de regret, mais aussi de sensualité. En effet, on y parle et filme beaucoup de nourriture. L'image du poisson mis à cuire m'a semblé d'une profondeur égale à certaines des plus belles natures mortes peintes au 17e siècle.
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Je ne suis pas certain de servir le film en traduisant mon impression en mots. Pour en avoir une idée par d'autres biais, consultez le dossier rassemblé par l'ancien Globe Glauber BRDF à l'occasion de la sortie du film.