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vendredi 16 janvier 2015

Filmer les sans-noms : Les figurants



"Les figurants sont la nuit du cinéma lorsque le cinéma se veut un art pour faire briller les étoiles."


extrait de Georges Didi-Huberman, Figurants, dans Dictionnaire mondial des images, Nouveau Monde, 2010.

dimanche 23 juin 2013

Là où la vie emmure, l'intelligence perce une issue


L'émission Hors-Champs a reçu Georges Didi-Huberman à cinq reprises. Ça s'écoute là : 1, 2, 3, 4 et 5. La citation de Proust reprise ici en titre sert d'entame à la première discussion, et tout cela est bel et bon. 
(ci-dessus, un des cubes de Tony Smith dont il est question dans Ce que nous voyons, ce qui nous regarde)

vendredi 15 mars 2013

Mnémotourisme (17)



 




La référence au tourisme, et donc à la déambulation dilettante, de cette section du blog paraîtra encore plus légère et maladroite que de coutume... Krieg dem Krieg! Guerre à la Guerre! War against War! Oorlog aan den Oorlog! est publié pour la première fois en 1924 par le pacifiste Ernst Friedrich. Comme on peut le constater, l'objectif est de montrer l'horreur dans son plus plat prosaïsme : les charniers, les gueules cassées, les condamnations à morts. Si la démarche de Friedrich fait bien entendu réfléchir sur le statut de telles images (et sur notre "consommation" de celles-ci), elle n'en reste pas moins un acte fort témoignant de cette volonté que non, décidément, cela ne pourrait pas se reproduire...  La suite de l'Histoire est connue.
Pour son pays, Ernst Friedrich (1894-1967) était un traître. En 1916, il a fait de la prison pour actes de sabotage antimilitaristes et en 1933, les Nazis ont détruit l'Anti-Kriegs-Museum qu'il avait fondé à Berlin en 1925. Enfin, pendant la Seconde Guerre Mondiale, il a rejoint la Résistance française. 
Une fois encore, vive les traîtres.
On a trouvé la référence de Krieg dem Krieg! dans Peuples exposés, peuples figurants de Georges Didi-Huberman où celui-ci cite et analyse ce passage d'un article de Bertolt Brecht : "Pour le prix d'un disque de chants de Noël, on peut acheter à ses enfants ce monstrueux livre d'images qui s'appelle Guerre à la Guerre : ce sont des documents photographiques qui montrent un portrait réussi de l'humanité." (pp. 18-19)

Portrait réussi de l'humanité.

vendredi 28 décembre 2012

L'usage sonore du monde (18)






Ci-dessous un court extrait de la conférence donnée à la BeauHaus il y a deux semaines. Et ci-dessus quelques exemples de "disques-lucioles" présentés dans le livre...

"Peut-être pourrait-on envisager le field recording en usant du concept de « survivance des lucioles », élaboré par Georges Didi-Huberman dans un essai paru en 2009 (Editions de Minuit). Dans ce livre, Didi-Huberman évoque un monde peu réjouissant dans lequel toute initiative, toute expérience, tout contre-pouvoir seraient annihilés par « les agitations triomphales des conseillers perfides » qui officient dans la lumière omniprésente et aveuglante des médias, de la politique politicienne et de la culture monolithique. Malgré ce constat, il existerait, il subsisterait même puisqu'on parle de survivance, des petites lumières, des lucioles qui s'agitent et clignotent comme autant de preuve de résistances. Malgré leur déclin, ces contre-pouvoirs continuent à s'allumer, parfois là où on ne s'y attend pas. Il faut dès lors trouver « la bonne place pour les voir émettre leurs signaux lumineux ». Comme exemple de telles lucioles, Didi-Huberman cite le cas de Charlotte Beradt qui entre 1933 et 1939 collecte tout un corpus de rêves auprès de trois cents personnes vivant sous le IIIe Reich afin de fournir une « sismographie » intime de l'histoire politique de ce régime totalitaire. Didi-Huberman mentionne encore ces manuscrits rédigés au péril de leur vie par des membres des Sonderkommando, écrits qui ont été cachés et retrouvés plus tard, remplissant ainsi leur fonction de témoignage-luciole cruciale. 

 Comme porte d'entrée au field recording, la notion de « survivance des lucioles » paraît intéressante tout d'abord à cause du procédé même qui fonde l'enregistrement de terrain, c'est-à-dire la captation de quelque chose qui n'est plus à partir du moment où il est capté. Dans ce sens, tout enregistrement est une survivance, une trace d'un passé révolu et si non destiné à l'oubli. Par ailleurs, l'enregistrement peut également contribuer à la représentation de « peuples sans pouvoir », à la mise en valeur de « lucioles ». En particulier pour les musiques dites traditionnelles (mais cette qualité de luciole ne devrait pas forcément se limiter au domaine humain), l'enregistrement de terrain a permis de sauvegarder quantité d'expressions que l'on pourrait assimiler à ces contre-pouvoirs dont parle Didi-Huberman. Il s'agit en effet de musiques qui échappent souvent à l'uniformisation qu'impose la lumière des grand projecteurs, qui ne sont pas encore contraintes par les normes nationales ou la folklorisation qu’entraînent le colonialisme, l'exode rural et les guerres. 

Outre leur intérêt scientifique et esthétique, toutes ces musiques constituent, grâce à la survivance qu'assure leur enregistrement, une manière de lutter contre l'oubli. Elles sont en quelque sorte des lucioles mémoires, des « parcelles d'humanité dans un monde devenu inhumain ». Didi-Huberman parle enfin « d'une survivance des signes ou des images quand la survie des protagonistes eux-mêmes se trouve compromise. » Et là, il est impossible de ne pas penser à tous ces peuples qui ont été décimés et réduits à néant lors du siècle dernier, mais dont les voix et musiques peuvent encore être écoutées..."


jeudi 30 août 2012

La danse des possédés (38)


Pour une gémellité de retour et toujours, pourvoyeuse d'images. 
"Images, donc, pour organiser notre pessimisme. Images pour protester contre la gloire du règne et ses faisceaux de dure lumière. Les lucioles ont-elles disparu ? Bien sûr que non. Quelques-unes sont tout près de nous, elles nous frôlent dans l'obscurité ; d'autres sont parties au-delà de l'horizon, essayant de reformer ailleurs leur communauté, leur minorité, leur désir partagé." (Didi-Huberman, Survivance des lucioles)

vendredi 17 février 2012

Survivance des lucioles

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Le très bel essai de Georges Didi-Huberman Survivance des lucioles (Editions de Minuit, 2009) nous a aidé à voir plus clair. On en profite pour s'intéresser aux insectes bioluminescents. Pour en savoir plus sur ceux-ci, voir notamment ici et pour le livre, voir là.
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vendredi 10 février 2012

Vers les cimes (17)

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Ecorces de Georges Didi-Huberman (Les éditions de Minuit, 2011) est le "récit photo d'une déambulation à Auschwitz-Birkenau en juin 2011". Extrait (pp. 21-22) :
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"Je marchais près des barbelés lorsqu'un oiseau est venu se poser près de moi. Juste à côté, mais : de l'autre côté. J'ai fait une photographie, sans trop réfléchir, probablement touché par la liberté de cet animal qui se jouait des clôtures. Le souvenir des papillons dessinés en 1942, dans le camp de Theresienstadt, par Eva Bulova, une enfant de douze ans qui devait mourir ici, à Auschwitz, au début d'octobre 1944, m'a probablement traversé l'esprit. Mais aujourd'hui, en regardant cette image, je m'aperçois de tout autre chose : à l'arrière-plan courent les barbelés électrifiés du camp, leur métal déjà sombre de rouille, et disposés selon un "tressage" bien particulier qui n'apparaît pas sur les barbelés du premier plan. La couleur de ceux-ci - gris clair - m'indique qu'ils ont été récemment installés.
De comprendre cela déjà me serre le cœur. Cela signifie qu'Auschwitz en tant que "lieu de barbarie" (le camp) a installé les barbelés du fond dans les années 1940, tandis que ceux du premier plan ont été disposés par Auschwitz en tant que "lieu de culture" (le musée) bien plus récemment. Pour quelle raison ? Est-ce pour orienter le flux des visiteurs en utilisant le fil de fer barbelé comme "couleur locale" ? Est-ce pour "restaurer" une clôture qui s'était dégradée avec le temps ? Je ne sais. Mais je sens bien que l'oiseau s'est posé entre deux temporalités terriblement disjointes, deux gestions bien différentes de la même parcelle d'espace et d'histoire. L'oiseau s'est posé sans le savoir entre barbarie et culture."
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