Incroyable compilation (chez les très recommandables Moi J'Connais Records) qui s'écoute et s'achète ici.
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mercredi 19 août 2015
mardi 6 janvier 2015
Les sans-noms (13)
Pendant des décennies, leur musique a été volontairement oubliée, laissée dans les tiroirs, bannie des médias, pour des raisons qui ne sont malheureusement pas trop difficiles à imaginer.... Il se trouve pourtant que les Amérindiens ont dès les années 1960 produit des disques de folk, rock et country, s'appropriant en quelque sorte les instruments/armes des descendants de leurs envahisseurs. Désormais, cette musique est superbement documentée par une compilation indispensable réalisée par Light in the Attic records : Native North America (Vol. 1): Aboriginal Folk, Rock, and Country 1966–1985.
Et il y a sur ces deux disques de quoi se laisser aller avec le soleil dans les yeux, avec une pile de livres édités par Anarchasis à portée de mains.
saa nagai dans le vieil âge errant
bike hozhon sur la piste de la beauté
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mercredi 22 octobre 2014
La danse des possédés (105)
Dans les bois, derrière la fenêtre ou sous le lit, ELLE est là.
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jeudi 28 août 2014
mardi 3 juin 2014
jeudi 22 mai 2014
Une causerie avec Arlt (2)
L'album
d'Arlt et Thomas
Bonvalet (disponible en LP+CD depuis quelques semaines grâce au
label almost
musique) en a enchanté plus d'un (voir ici,
là
ou là)
depuis sa sortie, et pour cause. Pour ce disque, le duo a
revisité son répertoire en compagnie du multi-instrumentiste
(concertina,
harmonica, guitalele percuté, microphones, amplificateurs,
frappements de pieds, clappements de mains, peau de tambour, orgue à
bouche, piano, banjo six cordes, plaques d’harmonica, componium,
diapasons...)
de Cheval de Frise, Powerdove et L'Ocelle Mare. On aurait du mal à
décrire les onze chansons issues de cette rencontre (folk mais ...,
chanson mais ..., free
mais...), à citer leurs influences (cela a de toute façon été
très bien fait ailleurs), à leur rendre tout simplement justice.
Mais disons simplement qu'elles donnent envie de chanter à tue-tête
sans craindre le qu'en-dira-t-on, de se rouler dans l'herbe comme un
chien fou et d'exploser les cordes de sa guitare en jouant comme un branque. Cela s'appelle la joie et la jubilation. Autant dire que
c'est le plus bel album qu'on ait entendu depuis longtemps. A
l'occasion de sa parution, on a continué la causerie entamée ici
avec le chanteur guitariste Sing Sing.
On
peut suivre les dates de la tournée en cours sur le site de
Murailles Music.
Et on peut avoir un avant-goût de la fête avec cette
vidéo.
L'illustration ci-dessus, de Benjamin Rabier, rend hommage à la pochette de l'album d'Arlt et Bonvalet, décorée d'un dessin du même artiste, et à la capacité du groupe à user des animaux comme matériau de chant et de danse...
Pourrais-tu
me raconter, au-delà du récit circonstanciel, ce qui s'est passé
sur scène avec Thomas Bonvalet, et qui a compté au point que vous
décidiez d'enregistrer cet album ensemble ?
Dès
les répétitions, quelque chose a pris feu qui nous a mis dans une
joie folle, Eloïse et moi. Joie, pour commencer, de constater que
ces vieilles outres de chansons n'avaient pas tout dit encore de ce
qu'elles avaient dans le bide. Joie d'avoir nous même à inventer de
nouveaux pas de danse sur un parquet de bal qu'on croyait connaitre
par cœur. Mais aussi et surtout, joie de se laisser cannibaliser par
Thomas. Nous aimions infiniment son travail et le voir avec
Powerdove nous a convaincus de l'intérêt qu'il y avait à intégrer
un tel vocabulaire au sein de chansons.
Ce
qui s'est passé? On s'est retrouvés pris dans un champs magnétique
inouï au centre duquel il a fallu tenir debout, sous la grêle, la
foudre et les bourrasques. Sont apparues des verticales, des
diagonales; surgissant de toutes parts, à dos desquelles nous nous
sommes retrouvés à chevaucher un espace qu'on ne soupçonnait pas.
Thomas se met à jouer et tes repères volent en éclats, tu es comme
lâché dans une réserve de singes qui bondissent de partout, un
réseau de signes violents qu'il faut apprendre à déchiffrer à
mesure qu'ils te parviennent si tu veux pouvoir y réagir, y survivre
et y répondre. C'était infernal, pour nous, de tensions et de
débordements. Jouer avec Thomas c'est éprouver le présent comme
rarement (dans la même secousse: tout le plaisir, toute la
trouille, toute ce qui fait rire et sursauter en une seule
détonation). Dès lors est naturellement née l'envie de voir si
l'on pouvait documenter ça sur disque, et dans quelle mesure ce
vertige était reconductible hors de la scène. En faire un album
était en outre un bon laissez-passer pour pouvoir réclamer d'autres
concerts avec lui.
A
part ça, il nous a semblé que les chansons de Arlt portaient
toutes, au moins en sous-textes, les éléments que charrie en
elle-même la musique de Thomas (à l'insu même de Thomas, je n'en
doute pas): météos convulsives, passages de spectres, menaces
invisibles, désir à crue, épiphanies…
Chez
Arlt, avec ou sans Thomas Bonvalet, il y la langue, l'art du
contraste, mais il y aussi quelque chose qui relève de l'enfance. De
l'excitation, de la jubilation, de la naïveté et de la bêtise
aussi. Peux-tu me parler de cet aspect de la musique d'Arlt qui, me
semble-t-il, est de plus en plus assumé ?
Je
suis assez réservé quant aux "enfantillages", quant à
une certaine forme de naïvisme que je tiens souvent pour une
simili-fraîcheur à peu de frais, un sentiment de l'enfance à
portée d'adulte qui s'en paye ainsi une tranche comme on fait d'un
tour de manège. Je suis d'accord si tu parles de jouissance brutale,
d'un désir de tout ramasser pour tout mettre en bouche, d'une
capacité de se mettre en branle terriblement, de faire apparaitre
des choses et de jouir de tout en même temps qu'on le craint ( les
monstres sous le lit, ses crottes de nez, sa bite, l'orage ou ses
propres cris). Je suis d'accord si tu parles d'une conception du
temps réversible. Je suis d'accord si tu parles d'un constant
étonnement, d'un permanent effarement, d'un appétit féroce, d'une
tristesse insondable, du sentiment d'habiter un monde qui se
métamorphose à chaque pas qu'on y fait, qui en contient mille
possibles, un monde qui ne fait que gueuler , qui ne fait que
réclamer qu'on s'y lance, qui ne fait que mordre. Alors oui
l'enfance m'intéresse et j'essaie bien entendu de laisser vivre en
moi l'enfant que j'ai été. Musicalement, je crois que ce qu'il y a
de plus enfantin chez nous c'est un mélange de concentration
extrême, et de lâcher prise. Il y a toujours eu chez nous, je
crois, cette forme de grand sérieux dans le jeu, presque de
solennité jusque dans la fantaisie que je crois reconnaitre chez les
gamins (quand ils jouent, dessinent, délirent à plein tube). Mais
je ne suis pas très bien placé pour parler des enfants, je n'en ai
pas moi-même ni n'en fréquente beaucoup.
On
dirait que vos chansons n'attendaient qu'à être malmenées. J'y
retrouve ce que les grands musiciens dits de free jazz pouvaient
infliger aux standards. Et du coup, et sans vous assimiler
strictement à ce genre musical, je repense à un passage du livre
Free Jazz
de Carles et Comolli, qui me semble correspondre parfaitement à
votre musique avec T. Bonvalet.
Qu'en penses-tu ? Comment envisagez-vous par ailleurs le processus d'improvisation ?
« Il nous semble que ce qu'on a nommé free jazz s'oppose constamment à l'idée d'une musique qui puisse se dérouler sans crise, sans menace sur son propre cours, sans miner sa propre scène.
De toute évidence l'improvisation s'oppose au programme, mais aujourd'hui elle est une machine de guerre contre la domination des programmes.
Qu'en penses-tu ? Comment envisagez-vous par ailleurs le processus d'improvisation ?
« Il nous semble que ce qu'on a nommé free jazz s'oppose constamment à l'idée d'une musique qui puisse se dérouler sans crise, sans menace sur son propre cours, sans miner sa propre scène.
De toute évidence l'improvisation s'oppose au programme, mais aujourd'hui elle est une machine de guerre contre la domination des programmes.
Et
cette machine de guerre passe dans le jazz par la mise en jeu du
corps dans la musique, non comme un registre rhétorique
supplémentaire, comme part de réel qui ne se laisse pas
complètement réduire ou annuler.
Corps
comme ce qui gène et qui égare, ce qui dépasse et qui doit être
dépassé.
L'improvisation
est ce qui lie la musique à l'accident qu'il y a à vivre. »
Je
ne sais pas très bien. Je pratique assez peu l'improvisation en soi,
sauf par petites touches, je n'ai pas grand chose à en dire (ce que
j'aime c'est inviter des improvisateurs à jouer avec nos chansons.
On a fait ça avec Tori Kudo, Mc Cloud Zicmuse, Arrington de Dyoniso,
Eric Chenaux, Gaspar Claus, Filipe Felizardo ou Manuel Mota). En tout
cas, oui, les chansons d'Arlt ne demandent qu'à être malmenées.
Ou menacées, au moins. Il y a une joie du péril, du parcours
accidenté. Mais je ne sais pas quoi ajouter sans paraphraser ta
citation. Disons au moins que j'ai toujours aimé ce que faisait
Albert Ayler, par exemple, notamment des ritournelles, des airs, des
rengaines traditionnelles. Ayler est une grande influence, moins pour
le côté paroxystique et hurleur qui semble avoir principalement
marqué la plupart de ses héritiers (et que j'adore, hein) que pour
cette simple jubilation (fervente et grave) à secouer les anciennes
formes, non pour les assassiner mais bel et bien pour les
revitaliser, les maintenir ouvertes et vivantes, leur faire dire ce
qu'on n'y avait pas encore entendu. J'aime bien l'idée, oui, de
traiter nos propres chansons comme des traditionnels, des standards à
notre échelle, qu'il faudrait remettre sur le grill régulièrement.
J'aime écrire des chansons mais j'aime oublier au bout d'un moment
que j'en suis l'auteur. J'aime les traiter en vandale. C'est ma façon
de les aimer. Et être ouvert à l'accident, c'est ni plus ni moins
qu'être ouvert à l'imprévu, c'est une façon (il y en a d'autres)
de se tenir en alerte, en mouvement. De se garder en état
d'étonnement. Et oui, trois fois oui pour la mise en jeu du corps
dans la musique. La musique se fait avant tout avec le corps, en ce
qui nous concerne.
A
part ça, nous aimons assez que le fond et la forme dialoguent d'une
façon ou une autre, que le sujet, le geste et la matière des
chansons se confondent. Et ces chansons parlent beaucoup de
catastrophes, d'accidents, de mises en crise, de chutes et
d'étonnements. Donc...
Est-ce
que j'ai répondu à ta question?
Pour
en revenir à « La langue », est-ce que votre but ne
serait pas au final de vous en débarrasser ? Et si, avec la
voix aussi bien que les instruments, c'est pareil, vous acheviez de
phraser pour proférer, psalmodier, balbutier – sans langue –
afin de, comme toute musique digne de ce nom, « faire taire ce
qui journellement vous fait mal et qui, sur le moment, sera tantôt
écarté, tantôt creusé et mué en source d'enivrement » ?
(en chipant quelques bons mots à Michel Leiris)
Tu
veux dire nous débarrasser du langage ou de notre premier album (
qui s'appelle "La langue")?
Toujours
est-il que non. J'ai parfois la tentation de la musique pure, qui
n'exprime rien d'autre qu'elle même, mais je suis finalement, bien
qu'il m'arrive souvent de m'en défendre, véritablement obsédé par
l'art de la chanson, celui des troubadours comme celui de la pop. Et
puis, la parole m'intéresse (pas nécessairement en tant
qu'information qu'on échange, mais en tout cas celle dont on use
pour ensorceler/désorceler, celle dont on use pour faire apparaitre
des mondes, celle dont on use pour faire des trous dans le réel) et
je suppose qu'elle m'intéressera longtemps.
Je
crois au verbe. J'en aime la force prodigieuse, le mystère, la
fureur. Tout ça n'empêche pas, je crois, de proférer, psalmodier,
balbutier, de lancer yodels et youyous, onomatopées, soupirs ou
grognements. Si nous en avions le pouvoir, plutôt que de me
débarrasser du langage, j'aimerais au contraire être foutu de le
vivifier, l'intensifier, de donner à voir (et entendre) tout son
brûlant, tout son danger. Mais bon. Au final surtout, nous
babillons.
Je
suis peut-être un peu gourmand, mais est-ce que, toujours avec ces
idées de rencontres, de contrastes et de relectures, on pourrait
espérer écouter un jour un album « Arlt & Maher Shalal
Hash Baz » ?
Avec
Maher Shalal Hash Baz au complet, j'en doute, avec Tori Kudo seul,
déjà nous aimerions bien (c'est un extraordinaire
multi-instumentiste). Il y a déjà des enregistrements live avec lui
qui improvise au piano (désaccordé) sur nos chansons. Ils sont sur
les bonus de l'édition japonaise de Feu la figure. L'idéal serait
de passer quelques jours avec lui en studio et de lui laisser faire
ce qu'il veut. Mais c'est un peu difficile à organiser. On verra. En
tout cas, nous adorons jouer en sa compagnie. C'est une source
d'étonnement permanent. Il est capable d'emmener les chansons dans
mille directions à la minute. Il suggère un arrangement, l'esquisse
sur le vif, change d'avis, se retourne, passe à autre chose. Les
chansons paraissent entre ses mains contenir tous les possibles.
mercredi 2 avril 2014
La danse des possédés (89)
Dans le train, un homme agite quelques papiers d'un air nerveux. Il a rendez-vous à la capitale. Espère-t-il obtenir un travail, défendre ses droits ou ceux d'une cause, rencontrer un supérieur mécontent ? L'heure n'est en tout cas pas à la fête. Ses cheveux tombent et les tâches de transpiration à ses aisselles s'étendent. On a rarement l'occasion de voir un homme se liquéfier de la sorte devant soi. Et cela ne m'amuse guère, je vais devoir me résoudre à dire quelque chose. D'un coup, il se ressaisit et fouille dans son sac avant d'en sortir L'art de la guerre de Sun Tzu, commence à le lire, et d'une flaque, il devient un soldat. Et il m'annonce : "L'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat." C'est fou tout ce qu'il se passe dans un train.
En avant.
jeudi 6 février 2014
La danse des possédés (86)
C'est sucré et ça donne envie d'avoir des fleurs dans le nez. Et si vous souhaitez écouter le tube de l'été de l'hiver 2014, c'est Wild Side (Oh The Places You'll Go)... Mais je ne le trouve pas sur ytbe. A vous.
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vendredi 17 janvier 2014
La danse des possédés (81)
My wandering Heart, le plus beau morceau de l'histoire de la musique du moment... Pour rappel, "wandering", ça signifie errant, vagabond, qui serpente, qui fait des méandres, qui délire... Et on trouve que ça va très bien à I'm A Dreamer, le superbe dernier album de Josephine Foster.
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vendredi 18 octobre 2013
La danse des possédés (73)
On croit qu'on a toute la misère du monde sur les épaules alors que ce n'est qu'un rien ordonné en mots. Mais comme le suggère la vidéo qui suit, peut-être la réponse est-elle soufflée dans le vent...
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vendredi 20 septembre 2013
La danse des possédés (70)
On ne s'en remettra pas.
Si non, pour mémoire, ce matin, on a identifié, humé et goûté ce qui suit : Sureau, Frêne, Aubépine, Erable plane, Néflier, Robinier, Noisetier, Châtaignier, Bouleau verruqueux, Pin de Weymouth, Cèdre du Liban, Erable argenté, Tilleul à grandes feuilles, Charme, Erable sycomore, Chêne écarlate, Tilleul à petites feuilles, Magnolia, Chêne pédonculé, Orme, Chêne à feuilles de châtaignier, If commun, Arbre aux 40 écus, Peuplier.
Et le jour s'éternise.
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samedi 1 juin 2013
La danse des possédés (64)
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mercredi 22 mai 2013
La danse des possédés (63)
Come Wander with Me a été enregistré par l'actrice Bonnie Beecher pour le 154e épisode de la Quatrième dimension en 1964. C'est secondaire, mais autant être précis.
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vendredi 17 mai 2013
La danse des possédés (62)
La page fcbk du groupe Arlt est une vraie mine d'or pour les mélomanes, qu'ils soient hirsutes, possédés, mélancoliques ou tout simplement à la recherche d'un refuge ouvert et généreux. En y passant hier, on a découvert et succombé aux langueurs de la folk délicate de Molly Drake (oui la mère de l'autre) dont une série de morceaux captés dans les années 1950 dans la maison familiale à Far Leys viennent d'être édités par Squirrel Thing Recordings.
Ça s'écoute ici et ça se passe de commentaires.
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vendredi 1 mars 2013
Lumière d'en bas
Écrire à propos d'un album en s'aidant du qualificatif enchanteur relève a priori du poncif. Avec Lumière d'en bas du duo Midget! (paru il y a quelques semaines sur We Are Unique Records) par contre, le terme est loin d'être galvaudé et doit être envisagé dans son sens littéral. Les morceaux sont en effet habités de zones d'ombre, de voix angéliques et de guitares pernicieuses. Curieux mélange, où folk anglo-saxonne, mélodie à la française et dérives instrumentales toxiques croisent le fer. Et il n'y aura pas de gagnant. Un très bel album donc, qu'on peut écouter ici et dont on découvrira la délcinaison scénique ce vendredi soir à l'An vert à Liège. Midget! comprend Claire Vailler et Mocke, ce dernier officiant également au sein d'Arlt qui, "c'est une joie", jouera aussi ce soir.
lundi 12 novembre 2012
La danse des possédés (46)
Le Roi Renaud (ou la Complainte du Roi Renaud) est un morceau qui nous a presque traumatisé lorsque beaucoup plus jeune, on découvrit son texte dans un recueil de chansons pour enfants. Il faut dire que cette chanson dont les origines remontent au Moyen Age commence ainsi : "Le roi Renaud de guerre revint, tenant ses tripes dans ses mains" et s'achève par le trépas d'une jeune accouchée. Depuis, on en a entendu de nombreuses versions, plus ou moins marquantes. Mais avec celle qui est présentée ici, on tient quelque chose de fort et d'hypnotisant, qui sied bien à cette complainte tissée à la fois d'amour et de cruauté.
De bienfaisantes chaînes de traduction et de transmission, ainsi qu'un temps et une géographie élastiques ont permis à ce texte d'être sublimé par la rencontre d'Eloise Decazes (Arlt) et d'Eric Chenaux (Constellation Records). Un très bel album de ce duo est sorti il y a peu sur un nouveau label prometteur intitulé Okraïna Records, nommé ainsi en hommage à un film de Boris Barnet sorti en 1933.
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mercredi 17 octobre 2012
La danse des possédés (44)
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mardi 18 septembre 2012
De l'amour à la haine il n'y a qu'un pas
Le crocodile marin (Crocodylus porosus) vit en Asie du Sud et du Sud-Est ainsi qu'en Océanie. Le mâle, mesurant généralement entre 4,3 et 5,6 mètres, atteint parfois les 7 mètres. Des observations plus rares font mention d'animaux de plus de 8 mètres. La Bête se nourrit parfois de requins, en toute simplicité. Il lui arrive de surfer sur les vagues, en groupe et avec panache, tandis que sur la plage, des apprentis nageurs se grattent le crâne avec hésitation. Ils feraient mieux de rentrer chez eux et de faire comme moi : écouter le tremblé et ombrageux Grimwood (1969-1974) de Michael Yonkers.
La photo ci-dessus, prise à Bornéo en 1925 par un membre de la famille du Captain Jack Sammons, est issue de la NOAA photo Library.
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jeudi 31 mai 2012
Une causerie avec Arlt
"Tu m'as encore crevé un cheval"
"Je n'aurais pas dit un rhinocéros, puisque que tu dis que tu es un rhinocéros"
A l'occasion de la sortie de Feu la figure, le second album d'Arlt, et d'un concert du groupe ce vendredi 1er juin à Bruxelles (Beauhaus, 20.00), voici une interview de Sing Sing, chanteur et guitariste. On a rencontré ce dernier et Eloïse, les deux membres permanents d'Arlt, lors d'une soirée d'hiver où la neige avait paralysé une partie du trafic routier. Leur concert nous avait réchauffé en même temps qu'il nous avait confirmé l'existence d'une forme étrange et belle de folk music chantée en français : déviante, grisante et souvent porteuse de tensions. Surtout, nous avons entamé une conversation, loin d'être achevée, où il était question de Robert Louis Stevenson, de fantômes, d'animaux fantastiques, du groupe japonais Maher Shalal Hash Baz, de rebetiko et de bien d'autres sujets familiers aux visiteurs de ce blog. Pour les circonstances mentionnées plus haut, nous avons décidé de rendre publique une partie de ce dialogue, en nous concentrant bien entendu sur Feu la figure. Pour d'autres approches, voir par exemple des interviews chez Chronicart et la Blogothèque, ou encore une présentation de chaque morceau du nouvel album sur Pinkushion. Et merci à Sing Sing pour les mots qui suivent...
Dans
votre second album, on ressent encore plus que dans La langue un équilibre tendu - très réussi - entre des parties
instrumentales abrasives, parfois dissonantes et minimalistes, et un chant
composé de deux voix s'entremêlant avec beaucoup de fluidité, de sensualité
aussi. D'où vous vient cette manière de jouer avec les contrastes ? Il y a
certainement une part de 'c'est comme ça', mais peux-tu m'en dire plus ?
Sing Sing: Oui, Arlt s'est absolument construit sur un goût des
contrastes. Contraste des timbres, des humeurs, des énergies, des couleurs… Il
y a ces fameuses "voix de terre et voix d'eau" dont on parle
toujours, il y a le mélange de consonance et de dissonance, de majeur et de
mineur, de répétitions et de digressions, de formats pop et de formes plus
incongrues, de solennité et de clownerie. Il y a le besoin aussi d'être à la
fois au comble du minimal et au comble du baroque, du cérébral et du physique,
à la lisière du diurne et du nocturne, du rêve et de l'éveil, du rural et du
citadin, de l'ultra-concret et de l'abstraction, du réaliste et du fantastique.
Et le sentiment que chacun de ces éléments doit non seulement coexister mais
aussi se féconder l'un l'autre, s'échanger, se vampiriser, se cannibaliser. Je
dis "ça doit" mais tout ça se fait très naturellement. Ce n'est pas
quelque chose que nous avons vraiment décidé. Faire des chansons est une façon
de prêter une forme à cette façon qu'on a d'envisager la vie, dans tout son
caractère poreux, instable, troué de galeries communicantes.
Vous
avez enregistré Feu la Figure avec Radwan Ghazi Moumneh, qui avait travaillé
notamment sur l’incroyable album de Matana Roberts édité l'année passée par
Constellation. Eloïse travaille avec Eric Chenaux. Vous êtes amis avec la
chanteuse de folk Josephine Foster et vous avez fait une tournée au Japon avec
Tori Kudo, le leader de Maher Shalal Hash Baz. En quoi vous sentez-vous proche,
musicalement parlant, de tous ces artistes s'exprimant dans des genres aussi
divers que le folk, le free jazz, la musique pop bancale... ?
Sing Sing: Quitte à enfoncer une porte ouverte, j'ai envie de te
répondre d'emblée que la musique ne me semble pas (ou plus?) être une question
de genres. Et je crois que tous les gens que tu cites, justement, non seulement
seraient d'accord avec moi mais en plus œuvrent chacun bien au-delà des genres.
Matana Roberts se situe à la croisée des grands récits, du blues, des
comptines, de la musique orchestrale et du free-jazz. Eric Chenaux repense et refonde à sa façon le très antique dialogue entre voix et guitare en butinant à la fois
du côté du songwriting nord-américain classique, de la musique improvisée, de
la musique du moyen-âge, du r'n'b, du jazz ou de la musique contemporaine.
Josephine Foster redéfinit le folk par le prisme des chansons populaires
espagnoles, de la comédie musicale, des lieds de Schubert, du psychédélisme et
des musiques liturgiques. Tori Kudo ne choisit pas entre Satie et le Red
Krayola, entre les Raincoats et le Porsmouth Sinfonia de Gavin Bryars, les
mélodies immédiates et la plus intense cacophonie. Ce sont tous ( chacun à leur
manière ) des artistes disons…syncrétiques. Tous travaillent depuis à la fois
le centre et la périphérie des traditions dont ils s'emparent. Nous admirons en
eux la singularité toujours en mouvement à l'intérieur d'un vocabulaire très
précisément choisi mais rendu élastique et même polymorphe par une espèce de
liberté inépuisable, de grande curiosité. Ils ont aussi en commun d'allier la
rigueur d'une pensée toujours originale (et le plus souvent oblique) et la
fraicheur de gestes toujours spontanés. Et d'être à la fois très archaïques et
absolument modernes, assez bruts et pourtant vraiment sophistiqués. Ils se
contre-foutent que leur musique ait ou non l'air cool, à la page ou pas à la
page, qu'elle soit aimable ou qu'elle rebute ou fiche la trouille. Ils sont
sauvages, réellement (pas de cette manière petite bourgeoise et facile à
désigner comme sauvage par les hautes instances et donc facile à récupérer ou
laisser parler dans le vide), c'est à dire qu'ils ne tendent pas le cou à
l'autorité efficace et qu'ils ne se laissent pas définir aisément. Leur musique
à le grand orgueil des fauves et la belle humilité des gueux. Ce sont des
caractères qui nous touchent beaucoup, nous donnent courage et nous inspirent.
Ils font de la musique pour de bonnes raisons. En tout cas pour des raisons qui
nous, nous émeuvent carrément. Je ne sais pas si on est proches de ça dans les
faits. Mais c'est ce qu'on aime chez les musiciens et c'est ce vers quoi on se
sent attirés.
Un
rapport égal à l’innocence et à la cruauté marque plusieurs chansons d’Arlt. Je
trouve ainsi qu’on peut trouver des similitudes frappantes entre vos textes et
certains de ceux qui ont été rassemblés par Jerome Rothenberg dans Les
techniciens du sacré, une incroyable anthologie de contes et poésies de peuples
sans écriture. On peut par exemple citer ce passage d’un poème en prose
esquimau :
« Il
était une fois une femme stérile qui ne pouvait pas avoir d'enfant. Elle finit
par adopter une larve, qu'elle nourrissait en lui faisant sucer ses aisselles.
Au bout de peu de temps, la larve se mit à grossir. Mais plus elle grandissait,
et moins la femme avait de sang pour la nourrir. Elle allait donc souvent
marcher dans le voisinage, pour activer sa circulation. Mais elle ne restait
jamais longtemps loin de chez elle, car elle pensait sans cesse à sa larve
chérie & se hâtait d'aller la retrouver. Elle lui manquait tellement, elle
s'était tellement entichée d'elle que chaque fois, en arrivant dans l'entrée de
sa maison, elle l'appelait en disant : Oh, toi mon petit qui sais siffler,
fais-moi"ti-i-i-i-I-I". »
Peux-tu
définir ton rapport à cette forme ambiguë d’être ? J’ai parfois
l’impression que cet intérêt pour une expression imagée, ironique et parfois brutale,
bien que toujours poétique, relève d’un rejet du lyrisme ?
Sing Sing: Je ne saurai pas le définir non. C'est comme ça. J'en
fais simplement l'expérience en "écrivant", en chantant, en "dansant"
sur scène, actions qui sont pour moi (je crois que pour Eloïse c'est pareil)
autant de façons d'intensifier ma présence au monde et peut-être de lui donner
un semblant de forme. Ou plutôt des propositions de formes, des esquisses, je
ne sais pas bien. Et les formes en question sont mouvantes, je m'en rends compte
de plus en plus. Excuse-moi si ça parait un peu grandiloquent. Déjà, il faut
préciser que j'entretiens une relation un peu ambiguë au langage, et donc au
réel qui pour moi dépend absolument de la façon dont je le désigne, ou
l'appelle, ou le renverse par la parole. Il me semble qu'une chanson comme
"Rhinocéros" ne témoigne pas d'autre chose : "je n'aurai pas dit
un rhinocéros mais puisque tu dis que tu es un rhinocéros alors, qui suis-je
donc pour oser prétendre que non?". Bref. Je n'ai lu vraiment "Les
techniciens du sacré" qu'après avoir écrit quasiment tout ce qui allait
devenir "Feu la figure" et j'ai effectivement été frappé par ce que
j'y retrouvais d'obsessions personnelles, de termes récurrents, d'images,
d'animaux , et puis le vent et puis la pluie. Il y a chez moi des obsessions,
surtout très liées à l'enfance qui ont je crois surtout à voir avec
l'étonnement. Étonnement d'être au monde, étonnement de parler, étonnement de
voir les choses se solidifier ou se dérober, de voir les choses en cacher
d'autres ou se retourner sans cesse en leur contraire. Oui, ces chansons sont
pour moi (pour nous) une façon de continuer dans notre vie adulte certains
enjeux de l'enfance (attention, rien à voir avec la nostalgie ni avec la
régression). Par enfance j'entends le lieu où nous chantons dans le noir,
vociférons pour un oui ou pour un non, massacrons toutes les bestioles à notre
portée, par amour et curiosité. Enfants nous sommes couronnés et sales, hyper-sexués,
innocents, féroces, hasardeux, ignorant le temps, chagrins à fond, colériques à
qui mieux mieux et joyeux à mort, destructeurs, aimants, fervents, rieurs et
métamorphosables. Toujours est-il que voilà ma langue, et que voilà sûrement ce
qu'elle raconte. Il semblerait (on me le dit) que ce soit une langue un peu
dissonante, un peu désaccordée (je l'espère un peu cadencée tout de même et lui
souhaite un peu de musique). Et cette langue, il m'arrive, toute proportion
gardée, mais toujours avec stupéfaction d'en reconnaitre quelque chose dans des
trucs aussi divers que les comptines, les écrits de fous, les formules qu'on
prête aux paysans mais tout aussi bien dans la Bible, les vieux blues, les
vieilles chansons françaises si vieilles à vrai dire qu'on n'y comprend de nos
jours presque plus rien. J'ai été marqué, également, par les contes populaires
dont je raffole depuis toujours (faits à la fois de répétitions et de
digressions, d'évènements troubles, de chocs et de surgissements par dessous
lesquels on entend comme une espèce de basse continue qui hypnotise
l'auditeur). Sinon, je ne cherche pas à me situer par rapport au lyrisme. Je
n'ai rien contre le lyrisme. La vieille querelle poétique qui le met en cause
ne me concerne pas vraiment. A bien y réfléchir, je suis même plutôt pour,
finalement et je crois qu'il y a dans Arlt une place pour un certain lyrisme
qui est une fièvre, une température, un emballement, une tonicité du cœur, du
sang, du foutre, pourquoi pas. Le lyrisme peut être plus sec que ce qu'on croit,
plus sourd, moins épanché. Mais c'est un mouvement d'adhérence au monde
sensible auquel je n'entends pas renoncer tout à fait. Disons à part ça que ma
forme, si j'en ai une, serait relativement proche de la ritournelle ou de la
litanie, avec un goût pour la formule magique, la formule incantatoire ainsi
que pour la blague absurde. Avec peut-être aussi des fragments de proverbes
cousus à gros fils avec de vieux restes de vieux récits rongés par les mites. Bon,
je crois qu'il n'y pas que ça. Mais c'est pour le moment ce que j'en perçois
moi-même le plus clairement.
« ça
tremble et tout ce qui tremble est vrai » entend-on dans Une sauterelle (dessinée par un fou). Je
sais que tu crois aux fantômes. Crois-tu à également à la « survivance des
lucioles » ? Ici, je reste flou volontairement (peut-être pour
attirer le loup).
Sing Sing: Je suis attentif aux reflets, aux ombres, aux
empreintes et aux échos. Je suis attaché aux surgissements de tous ordres. Je
crois à la réversibilité de tout et notamment du temps. J'ai à cœur de
réconcilier les vivants et les morts. Et puis j'aime les vieux disques, les
vieilles photos et les vieux films ou l'on peut entendre, voir ou deviner qui
gesticulent des gens calanchés depuis des lustres. Voilà pour résumer
ultra-brièvement ma relation aux fantômes. Une relation qui, paradoxalement
peut-être, se concentre avant tout sur le "vif", pas sur le disparu
mais bel et bien, donc, sur ce qui est encore foutu de trembler. Je ne sais pas
grand-chose de la survivance des lucioles et je n'ai pas lu l'essai auquel, je
crois, tu fais référence. J'aime les lucioles, en tout cas. Pour ce qu'elles
sont, tout simplement (le surnaturel à portée de main ou presque, bon sang: ces
machins-là sont des fées) et pour ce qu'elles représentent (des étincelles dans
la pénombre, des lumières marginales, des voix dissidentes…). A cet égard, et
j'en félicite encore Radwan, Feu la figure est un disque où l'on peut entendre
littéralement, pour peu qu'on tende l'oreille, grésiller les fantômes et
clignoter lucioles et feux-follets.
Comme
tu le sais, j’aime beaucoup le dehors, les oiseaux… Aurais-je la chance un jour
d’entendre Arlt jouer en extérieur ? De manière générale, aimez-vous la
scène et ce qu’elle représente parfois d’officiel, de distance et parfois de
froideur ?
Sing Sing: Jouer dehors, dans
une clairière, au bord d'un ruisseau, dans la montagne ou dans la rue, sur un
toit ou sur la route, oui, oui, formidable. Nous aimons moins les festivals en
plein air, suant sous un soleil de plomb ou risquant l'électrocution sous
l'orage devant l'œil morne d'une foule égarée là en attendant la suite. Mais
j'avoue que nous aimons chanter entre les murs, que nous aimons chanter sous
les plafonds bas. Que nous aimons les salles (exiguës, confinées de préférence,
voire enfumées, ce qui se perd et c'est malheureux). Nous aimons la scène oui.
Nous l'aimons parce qu'elle nous dépossède, qu'il faut y entrer la tête en
moins, ou au moins la tête en bas. Qu'il faut y avancer sans boussole et que
l'espace et le temps s'y retournent et s'y modifient. On est moins fous, la
plupart du temps, même si des salles les plus "officielles" où l'on
t'écoute parfois avec des a priori, où l'on parle de toi comme d'un
"projet', où l'on te définit comme un représentant des "musiques
actuelles" ce terme infâme qui ne veut rien dire et qui sent le vomi. Mais
passons. Jouer dans la rumeur, c'est beau, dehors ou dedans c'est beau. Dans la
rumeur des oiseaux, des avions, des enfants qui jouent, du ruisseau qui coule
et du vent qui souffle mais aussi dans la rumeur des gens qui rient, qui
boivent, qui t'interpellent ou qui parlent d'autre chose pendant que toi, tu
fais le guignol ou le jésus avec ton micro sur ton tas de planches.
...
Les images ci-dessus ont été choisies en concertation avec Sing Sing avec de bas en haut : une étrange photo prise à la fin du 19e siècle sur une artère de la ville de Sheboygan, une planche de l'Anatomia del Cavallo (Venise, 1618) de Carlo Ruini et une peinture issue du bestiaire d'Aloys Zötl.
samedi 31 mars 2012
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