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vendredi 13 décembre 2013

Du papier pour 2013


Malgré tout, on aura lu d'incroyables livres en 2013. Merci à eux, à leurs auteurs, à ceux qui les ont conseillés, fabriqués, vendus, rêvés et partagés. Et une pensée à tous les pilonnés. Damnés de cellulose de la terre, que votre espoir de devenir demeure !
Et voici la sélection de l'année, toutes catégories confondues (et ci-dessus, une photo d'Aurélien Villette) :

Ivan Jablonka, Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus.
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre.
Georges Perec, Penser/Classer.
Luc Boltanski, Enigmes et complots. Une enquête à propos d'enquêtes.
Pierre Bergounioux, Un peu de bleu dans le paysage.
Anne Serre, Petite table, sois mise !
Annie Ernaux, Les années.
François Bon, Préhistoire. La fabrique de l'homme.
Patrick Deville, Peste et choléra.
Rick Bass, Les derniers grizzlis.
Cat. expo. De l'Allemagne, 1800-1939. De Friedrich à Beckmann.
Marcel Proust, Le temps retrouvé.
Jean-Christophe Bailly, Le parti-pris des animaux.
Tarjei Vesaas, Palais de glace.
Arlette Farge, Le goût de l'archive.
Denis Rigal, Terrestres.
Pierre Michon, Le roi vient quand il veut.
James Sallis, Le faucheux.
Philippe Artières, Rêves d'histoire. Pour une histoire de l'ordinaire.
Dominique Kalifa, Les bas-fonds. Histoire d'un imaginaire.
Anders Nielsen, Big Questions.
Stéphane Audoin-Rouzeau, Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014).
Céline Minard, Faillir être flingué.
David Bosc, La claire fontaine.
Adrienne Barman, Drôle d'encyclopédie.
Albert Camus, Le premier homme.
Marie Richeux, Polaroïds.
Frans de Waal, Pascal Picq, Dominique Lestel, Vinciane Despret et Chris Herzfeld, Les grands singes.
Mélanie Rutten, L'ombre de chacun.
Cat. expo. La licorne et le bézoard. Une histoire des cabinets de curiosités.
Marcus Rediker, A bord du négrier. Une histoire atlantique de la Traite.
Todd Oldham, Charley Harper. An illustrated Life.
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mercredi 14 novembre 2012

L'usage sonore du monde (13)





A l'occasion d'une semaine consacrée à John Butcher sur Le son du grisli, on réécoute son fabuleux album Resonant Spaces (Confront, 2009), issu d'explorations sonores étourdissantes dans divers lieux écossais. Ce disque hautement recommandable fait par ailleurs l'objet d'une notice dans notre ouvrage à paraître... demain. On en profite enfin pour mentionner l'édition de deux très intéressants cahiers consacrés au musicien par Le son du grisli. D'une part un texte de Butcher lui-même (Liberté et son : à nous trois, maintenant) sur les spécificités de la liberté dans l'improvisation dite libre et d'autre part un abécédaire John Butcher composé par Guillaume Belhomme et Guillaume Tarche. Des notions aussi diverses que 'feedback', 'étourdisseur', 'quarks' ou encore 'oubli' y sont joliment déclinées à l'aune de la carrière du saxophoniste. On ne résiste ainsi pas à partager le texte consacré à 'liquide' :

"Pour peu que le son de la salive y soit propulsé par le souffle, le saxophone - en-deçà même de l'émission de la moindre note - devient une excellente chambre d'écho, un tamis d'analyse spectrale, un brumisateur d'harmoniques. Amplifié (par la bouche, par l'instrument, par un éventuel microphone), ce mélange d'air et d'eau brouille les frontières physiques des éléments ; il confère au son une dimension tactile dont Butcher a toujours tiré grand profit. A cet égard, son association avec le clarinettiste Xavier Charles et le trompettiste Axel Dörner est bien parlante : fin brouillard ou ciel de traîne, en chapelets ou à gros bouillons, leurs ébullitions conjointes concurrencent poétiquement les textures les plus synthétiques et les bruits les plus "blancs" de la lutherie électronique..."

Les photos ci-dessus sont issues du site de John Butcher.Voir également ici sur Resonant Spaces.

samedi 5 novembre 2011

Sur les traces d'un inconnu

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Avec les Vies minuscules de Pierre Michon sur la table de nuit, on dévore l'excellent essai de l'historien Alain Corbin Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot. Sur les traces d'un inconnu (1798-1876) (Flammarion, 1998). Pour tout qui s'intéresse à l'anonymat, à la ruralité et à la manière de reconstituer une vie sur des bases infimes, ce livre constitue un modèle de méthodologie. Ci-dessous, la présentation du livre par l'éditeur et un extrait du prélude de l'ouvrage, qui nous a donné des ailes, sans rire.

"Dans ce livre devenu un classique, voire un modèle, Alain Corbin s'est penché sur le grouillement. des disparus du XIXe siècle, en quête d'une existence ordinaire. Il a laissé au hasard absolu le soin de lui désigner un être au souvenir aboli, englouti dans la masse confuse des morts, sans chance aucune de laisser une trace dans les mémoires. Né en 1798, mort en 1876, Louis-François Pinagot, le sabotier de la Basse-Frêne, n'a jamais pris la parole et ne savait du reste ni lire ni écrire; il représente ici le commun des mortels. Un jeu de patience infini se dessille, afin d'en reconstituer le destin - mais eut-il jamais conscience d'en avoir un? - d'un Jean Valjean qui n'aurait pas volé de pain. Par cette méditation sur la disparition, l'auteur entendait modestement inverser le travail des bulldozers aujourd'hui à l'œuvre dans les cimetières de campagne."
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"Fragments du journal tenu les premiers jours de l'enquête.
2 mai 1995, 14 heures. Le jour du choix est venu. Émotion suscitée par l'attente d'un face-à-face - qui devrait se prolonger plusieurs années - avec un inconnu qui ne l'aurait jamais pensé possible et auquel je ne suis lié par aucun parti pris de tendresse, voire d'empathie. J'imagine les disparus en attente de cette élection. Et si cela leur paraissait scandaleux ! De quel droit puis-je décider, tel un pauvre démiurge, de faire revivre ainsi quelqu'un qui, peut-être, ne le souhaite pas ; au cas, bien improbable, où la survie existerait.
Les hommes du milieu et de la génération auxquels appartenait celui que je n'ai pas encore rencontré nourrissaient beaucoup d'hostilité à l'égard de tous ceux qui se haussaient du col et entendaient laisser une trace individuelle. Ce sentiment qui se manifestait dans les campagnes à l'égard de la tombe personnalisée, et qui devait valoir aussi pour l'écriture de soi, rend mon entreprise insolente.
Le premier jour de cette chasse subtile introduit un rapport unique dans la démarche historienne ; sans doute suis-je le premier à devoir me consacrer, des années durant, à la résurrection d'un individu que je ne connais pas encore, que je serai, dans quelques minutes, le seul à connaître et qui, à cet instant, n'a aucune chance d'être jamais connu par quelqu'un d'autre que moi. Au moment où j'écris, il a, en effet, disparu, sans possibilité de jamais exister dans la mémoire collective, en tant qu'individu.
A dire vrai, le risque est grand de postuler ici l'individuation. Rien ne prouve qu'aux yeux de celui que je vais choisir, sa propre vie ait pu sembler constituer un destin. Cela est même peu probable. Peut-être n'avait-il qu'une mémoire confuse des épisodes de son existence ; peut-être même se trouvait-il démuni de tout sens de la chronologie. Or, je vais - certes, avec prudence - découper, ordonner, orienter les séquences de cette vie. Il ne pourra donc pas s'agir d'une bonne histoire, puisqu'il y manquera celle des formes spécifiques de la méconnaissance ou de l'oubli de soi."
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mardi 10 mai 2011

La Pieuvre

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Dans son étude des réseaux qui forment la logique de l'imaginaire, Roger Caillois a écrit plusieurs ouvrages importants. Son examen de la figure de la pieuvre à travers l'histoire et les civilisations est un exemple particulièrement probant de sa démarche. (La Pieuvre. Essai sur la logique de l'imaginaire, 1973). La vision de cet animal, que l'on appelle encore poulpe jusqu'à ce que Victor Hugo le rebaptise pieuvre dans son roman Les travailleurs de la mer, a connu bien des changements, liés à la manière complexe dont l'imaginaire fonctionne. Tour à tour violente et sanguinaire, innocente et comestible, secrète et lascive, la bête a nourri nombre de fantasmes recensés et analysés par l'auteur.
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Ci-dessus, quelques exemples avec une poterie crétoise de Palaikastro, un dessin réalisé par Denys de Montfort au début du 19e siècle d'après un ex-voto réalisé par des marins pour une chapelle à Saint-Malo, le dessin montré en 1861 à l'Académie des sciences par le lieutenant de vaisseau Frédéric-Marie Bouyer et une estampe shunga d'Hokusai.
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Et ci-dessous, un extrait de l'Histoire naturelle, générale et particulière des mollusques, animaux sans vertèbres et à sang blanc de Pierre Denys de Montfort, publiée en 1801, qui contribua grandement à la formation de l'image monstrueuse de l'animal :
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« (…) On a vu, à Saint-Malo, dans la chapelle Saint-Thomas, saint que les marins de ce pays invoquoient dans leurs dangers extrêmes, un ex voto ou tableau, qui représentait le danger imminent qui avoit failli faire périr un navire de ce port, mouillé à la côte d'Angole, où il faisoit la traite, c'est-à-dire, le commerce des noirs, celui de l'ivoire et de la poudre d'or. Ce vaisseau ayant terminé sa traite, et l'équipage étant entièrement rembarqué, fort heureusement comme on le verra bientôt, le capitaine songeoit à lever l'ancre et à appareiller ou partir de cette côte pour se rendre aux îles de l'Amérique, lorsque tout à coup, le tems «tant calme et en plein jour, un monstre marin, d'une épouvantable grosseur, s'éleva du sein des flots en les faisant bouillonner au loin, et passer par dessus le pont du navire, s'accrocha au bâtiment, contourna les manœuvres et les mâts jusques à leurs sommets, par des bras aussi longs que flexibles et effroyables : pesant sur lui-même, et s'abandonuant à tout le poids de son énorme niasse, ce monstre fit pencher le bâtiment de manière à le coucher sur le côté, et à l'entraîner au fond de l'abyme. Dans ce péril extrême, chacun ne prenant conseil que de lui-même, tout l'équipage courut aux armes ; effrayés au souverain degré par une invasion aussi brusque et aussi étrange, chaque matelot, chaque homme qiù étoit à bord sautèrent spontanément sur tous les moyens de défense qui leur tombèrent sous la main, et tous attaquèrent de concert, chacun devant eux, cet épouvantable ennemi à coups de haches et de coutelas : la grandeur du péril donnant même du courage aux plus lâches, aucun d'eux ne chercha à se réfugier à fond de cale, mais tous combattirent vigoureusement pour le salut commun. Cependant, désespérant presque dans leurs efforts; leur vaisseau prenant la bande, c'est-à-dire, se couchant de plus eu plus, ne comptant même plus sur leur salut; tous, en braves marins de Saint-Malo, mirent leur recours dans le saint, patron de leur port; et ils firent un vœu à Saint-Thomas, lui jurant un pèlerinage, si, sortis par son intercession de ce combat, ils revenoient sur l'eau, et regagnoient encore pour cette fois leurs lares et leurs foyers. La confiance qu'ils eurent dans le secours céleste, a pu, en exaltant leurs moyens, leur être de quelque secours et coopérer à leur victoire: mais on peut croire que leurs tranchans coutelas leur furent encore plus utiles, puisque sans leur puissant intermède nous n'eussions pas eu la manifestation de ce miracle. A grands coups de hache et avec le fil de leurs sabres, ces marins tranchèrent enfin les bras de cet horrible animal, qui n'étoit autre chose qu'un énorme poulpe; quand ils furent parvenus à les séparer de son corps, le tronc coula à fond; le vaisseau, n'étant plus tiré sur le côté ni menacé d'être englouti, se redressa, et reprenant son à-plomb, le haut de ses mâts se reporta encore vers le ciel, dans l'instant inespéré où, suivant toutes les apparences, il devoit être entraîné au fond des mers par ce terrible mollusque, dont le seul poids suffisoit pour faire couler bas le navire. Observateur religieux d'un . vœu arraché dans un péril extrême; profondément frappé du danger éminent qu'il avoit essuyé dans cette occasion, tout l'équipage de ce vaisseau de retour à Saint-Malo, s'empressa de remplir ce vœu dans toute sa plénitude. (…) »
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mardi 9 février 2010

Can't Stop Won't Stop

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Pour ceux qui voudraient comprendre pourquoi un millier d'incendies furent allumés dans le Bronx la nuit du 13 juillet 1977, qui était le gang des Savage Skulls, pourquoi la politique jamaïcaine s'inspirait des sound systems locaux, pourquoi le premier disque de rap a été produit en studio par d'illustres inconnus, comment les émeutes de Watts en 1965 ont contribué à l'émergence du Gangsta Rap... Lisez absolument le passionnant Can't Stop Won't Stop. Une histoire de la génération Hip-Hop de Jeff Chang (2005 et Allia, 2006 pour la traduction française) ! Merci à Yves pour le conseil.
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dimanche 20 décembre 2009

Voir et pouvoir

Image issue du film russe de Dziga Vertov L'homme à la caméra (Человек с киноаппаратом, 1928-29)
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Mon intérêt pour l'histoire du cinéma documentaire s'est encore accru ces derniers temps grâce au très intéressant fascicule consacré au sujet par Patrick Leboutte Ces films qui nous regardent. Une approche du cinéma documentaire (publié en 2002 par la Médiathèque de la Communauté française). Outre la présentation de plusieurs films marquants (L'homme d'Aran de Robert Flaherty (1934), Déjà s'envole la fleur maigre de Paul Meyer (1960) ou Babel de Boris Lehman (1991)), on y trouve une filmographie des plus grands classiques du genre (ici, une version condensée de cette liste) qui comprend nombre de mes réalisations favorites.
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Le texte sur L'homme d'Aran, par Jean-Louis Comolli, m'a donné l'impulsion de me plonger dans son imposant recueil d'essais critiques et théoriques Voir et pouvoir. L'innocence perdue : cinéma, télévision, fiction, documentaire (Verdier, 2004). Outre sa carrière dans le cinéma, Comolli a également co-rédigé avec Philippe Carles le splendide essai Free Jazz Black Power (qu'on mentionnait déjà ici). Voir et pouvoir présente les articles dans un ordre chronologique, depuis 1988. Chaque année est introduite par des souvenirs de l'auteur, des ébauches de réflexion qui donnent une cohérence à un ensemble qui est bien plus qu'une accumulation de textes sur des sujets divers.
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Car les convictions de Comolli sont fortes et passionnées. Ses interrogations sur la frontière entre fiction et documentaire, sur le choix et la signification de tel ou tel autre type de mise en scène, sur l'implication du spectateur dans le processus de création cinématographique et sur la nature, forcément politique, de toute entreprise filmique sont creusées au fil de textes enthousiasmants. Entre des analyses pointues de l'émission Bas les masques ou de L'homme à la caméra de Dziga Vertov, l'auteur questionne les tenants et aboutissants d'un médium aux rapports ambigus avec la société spectaculaire qui l'a engendré. Les propositions stimulantes parsèment les pages de cet ouvrage de plus de 700 pages. Ci-dessous, un extrait d'un texte intitulé Si on parlait de mise en scène ? (17 août 1992) :
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"1. Une question : à quoi sert la mise en scène ?
Un postulat : aujourd'hui, la mise en scène ramène du réel dans ses filets.
Une réponse : la mise en scène sert à poser la question du spectateur à un système de représentation médiatique (télévision, news, pubs...) qui non seulement ne la pose pas, a peur de la poser, mais encore fait tout pour la refouler.
La mise en scène, c'est la question de la place du spectateur, de la définition du spectateur, de la supposition d'un spectateur comme sujet à part entière, être désirant, être pensant, être social. Non pas qui regarde quoi (consommation, spectacle) mais qui regarde qui - accrochage et prise à l'autre plus ou moins assurés, distance à l'autre et à soi plus ou moins grande, reconnaissance, peur, changement...
Bref, mettre en scène, c'est considérer le spectateur comme susceptible de se transformer, désireux et capable de changer de place. Comme un être disposant d'un devenir. Qui s'intéresse à sa relation aux autres. La mise en scène est l'art de la mise en relation.
C'est précisément cela que la pratique la plus habituelle de la télévision interdit. Les places sont assignées. Comme dans un jeu télévisé. Comme dans les débats politiques télévisés.
On ne change pas de place = on ne change pas. La télévision telle qu'elle est faite par les programmateurs est une machine à conserver. Que rien ne bouge. Conserver des spectateurs... conserver les spectateurs - qu'ils ne changent pas, ni de chaîne ni de vie. Les formes dominantes à la télévision aujourd'hui jouent le surplace. Elles fabriquent de l'immuable. On ne parle plus de la mort : on la répète tous les soirs. (...) "
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Les éditions Verdier viennent d'éditer une autre collection de textes de Jean-Louis Comolli : Cinéma contre spectacle. Merci à Globe Glauber pour Ces films qui nous regardent !
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vendredi 6 novembre 2009

Silence, couleurs du prisme...

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Daniel Caux est un des passeurs de musiques français les plus importants de la seconde moitié du 20e siècle. Emissions de radio, organisation de concerts, essais et articles, il aura tout fait pour mettre en avant les sons les plus intéressants de son époque : musique expérimentale, minimalisme, free jazz... Parmi ses hauts faits, il programme en 1970 Albert Ayler (ci-dessus), le Sun Ra Arkestra et Terry Riley aux fameuses Nuits de la Fondation Maeght. Il est le premier à faire venir en France des artistes mythiques tels que La Monte Young, Steve Reich... Il a également participé à la création du label Shandar.
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Un superbe ouvrage regroupant ses meilleurs écrits (publiés d'abord dans L'art vivant, Art Press, Le Monde...) vient d'être publié aux Editions de l'éclat : Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe. On peut y lire des entretiens avec John Cage, Sun Ra, Moondog, Léon Theremin, Philip Glass... Des textes fins qui donnent envie d'écouter traitent d'artistes aussi divers que Charlemagne Palestine, Cornelius Cardew, Arvo Pärt, Milford Graves, Harry Partch, Luc Ferrari... Cette anthologie offre ainsi une vision unique, aventureuse et généreuse, des arts sonores du siècle passé.
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L'intégralité du label Shandar est essentielle. Ci-dessous, quelques titre à privilégier :
. Cecil Taylor, Nuits de la Fondation Maeght, 1969.
. Albert Ayler, Nuits de la Fondation Maeght, 1970.
. Steve Reich, Four Organs / Phase Patterns, 1971.
. Terry Riley, Persian Surgery Dervishes, 1972.
. La Monte Young & Marian Zazeela, Dream House 78'17'', 1974.
. Charlemagne Palestine, Strumming Music, 1974.
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mardi 1 septembre 2009

Art hantologique

Félix Nadar, Pierrot photographe, 1854, épreuve sur papier salé, 0.286 x 0.21 cm, Paris, Musée d'Orsay.
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Je suis piètre photographe, mais comme tout le monde, j'ai parfois envie de faire des progrès et de réaliser de beaux "clichés". Ma lecture récente de la collection d'essais Sur la photographie de Susan Sontag (paru une première fois en 1973 et traduit de l'anglais par Philippe Blanchard, réédité en français dans la collection Titres aux éditions Christian Bourgois en 2008) me soulage d'un poids (assez relatif j'en conviens) et me donne envie de ranger définitivement l'appareil photo au grenier. En effet, le premier texte, Dans la caverne de Platon, décrit dans une langue didactique et avec une volonté manifeste d'en découdre les implications éthique et idéologique de l'acte de la photographie. La théorisation précise et aiguisée de l'auteur affecte tous les champs possibles : photographies issues des cadres familial, journalistique et artisitique. Que l'on soit d'accord ou non avec elles, les nombreuses propositions de Susan Sontag donnent à réfléchir sur l'essence même d'un médium rarement critiqué.
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Extraits :
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p. 23 : "Grâce aux photographies, chaque famille brosse son propre portrait et tient sa propre chronique : portefeuille d'images qui témoignent de sa cohésion. Les activités photographiées importent à peine, pourvu que les photos soient prises et conservées avec amour. La photographie devient un rite de la vie familiale au moment précis où, dans les pays d'Europe et d'Amérique qui s'industrialisent, on taille dans le vif de cette institution. Alors que le noyau familial, cette unité étouffante, se voyait extrait d'une constellation familiale beaucoup plus vaste, la photographie intervint pour pérenniser, réaffirmer de façon symbolique, la continuité menacée et l'étirement aux limites de la vie familiale. Ces traces spectrales que sont les photographies assurent la présence minimale des parents dispersés. L'album d'une famille a en général pour sujet la famille au sens large, et représente souvent tout ce qu'il en reste."
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p. 24 : "Manière de certifier le vécu, prendre des photos est aussi une manière de le refuser, en le limitant à la recherche du photogénique, en le convertissant en image, en "souvenir". Le voyage devient une stratégie dont le but est d'accumuler des photographies. L'activité même de photographier a un effet calmant et atténue le sentiment de désorientation générale que le voyage a toute chance d'exacerber. La plupart des touristes se sentent obligés d'interposer l'appareil photo entre eux et tout ce qu'ils peuvent rencontrer de remarquable. N'étant pas sûrs de savoir comment réagir, ils prennent une photo. Cela donne forme au vécu : on s'arrête, on prend une photo et on repart."
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p. 26 : "Espoirs écrasés, extravagances de jeunes, guerres coloniales et sports d'hiver, c'est tout un : l'appareil photo les met tous à égalité. L'activité photographique a institué une relation de voyeurisme chronique avec le monde, qui nivelle la signification de tous les évènements."
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p. 32 : "Nous sommes à présent en plein dans une époque nostalgique, et les photographies contribuent activement à promouvoir la nostalgie. La photographie est un art élégiaque, un art crépusculaire. Par la seule vertu de la photographie, l'aile du pathétique effleure presque tous les sujets. Un sujet laid ou grotesque peut être émouvant, du fait de la dignité que lui a conférée l'attention du photographe. Un beau sujet peut cristalliser la tristesse, du fait de son vieillissement, de sa dégradation ou de sa disparition. Toutes les photos sont des memento mori. Prendre une photo, c'est s'associer à la condition mortelle, vulnérable, instable d'une autre être (ou d'une autre chose). C'est précisément en découpant cet instant et en le fixant que toutes les photographies témoignent de l'oeuvre de dissolution incessante du temps."
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p. 38 : "Souffrir est une chose ; vivre avec les photographies de la souffrance en est une autre, et cela ne renforce pas nécessairement la conscience ni la capacité de compassion. Cela peut aussi les corrompre. La première image de cette espèce que l'on voit ouvre la route à d'autres images, et encore à d'autres. Les images paralysent. Les images anesthésient. Un évènement connu par des photographies acquiert un surcroît de réalité qu'il n'aurait pas eu sans elles : pensons à la guerre du Vietnam. (...) Mais aussi, après que ces images ont été imposées à notre vue de façon répétée, il perd de sa réalité."
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vendredi 17 avril 2009

The Rest is Noise

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J'apprends avec joie que l'essai The Rest is Noise. Listening to the Twentieth Century d'Alex Ross est en cours de traduction et devrait sortir chez Actes Sud. Cet ouvrage a fait grand bruit lors de sa sortie en 2007 dans le monde anglo-saxon et a fait gagner à son auteur le National Book Critics Circle Award en 2007 et le Guardian First Book Award en 2008. Alex Ross, qui est en outre critique musical pour le New Yorker, a également été finaliste pour le Pulitzer Prize.
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Le propos de ce livre passionnant est de tenter d'approcher la musique moderne du 20e siècle dans sa globalité et dans les rapports qu'elle entretient avec le contexte historique dont elle est issue. Le cadre politique est fréquemment convoqué afin de comprendre l'évolution des genres musicaux abordés. Par exemple, les liens de Strauss et de Chostakovitch avec le régime nazi pour le premier et le soviétique pour le second sont envisagés afin de cerner leur œuvre. Si l'approche d'Alex Ross se veut chronologique, elle n'est pourtant pas exhaustive, l'auteur s'autorisant des approfondissements de sujets qui lui tiennent à cœur, notamment la carrière du Finlandais Sibélius. Parmi d'autres leitmotivs privilégiés par Ross, on peut citer les jeux d'influences existant entre musiques populaire et savante. Bref, il s'agit d'une synthèse accessible aux non musicologues très stimulante et qui sans aucun doute, donne l'envie de se plonger dans des musiques considérées souvent comme hermétiques.
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A ce propos, en discutant de ce livre, un ami me révèle l'existence d'un blog nommé Musica del siglo XX et dont l'objectif est d'offrir l'opportunité au curieux de découvrir les musiques décortiquées dans l'ouvrage d'Alex Ross. Le sous-titre du blog est d'ailleurs el resto es ruido, comme le titre de ce dernier. On y trouve des enregistrements de qualité de dizaines d'oeuvres de Ligeti, Messiaen, Bartok et de beaucoup d'autres moins connus.
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Sur ce site très complet, on trouve des articles, le blog et des informations sur l'ouvrage d'Alex Ross.
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