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dimanche 18 septembre 2011

Le paradis blanc (1)

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Ce dimanche 25 septembre au Cercle des Cinés (Rue des Wallons, 45 à Liège, quartier du Laveu) sera présenté The Great White Silence de Herbert Ponting (UK, 1924, 106'). Les portes ouvrent à 20.00 et on commence à 20.30. Seront en outre présentées quelques musiques liées au thème du froid et seront offerts quelques Calippos.
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Au début du XXe siècle, les grandes expéditions d’exploration connaissent un dernier sursaut avec des destinations qui restent encore sauvages et inconnues : les pôles. Ces points géographiques attisent les passions de pays qui en déposant là leur drapeau veulent étendre leurs possessions territoriales, mais aussi démontrer le dynamisme de la nation. La course au pôle Sud sera remportée par le Norvégien Roald Amundsen le 14 décembre 1911. Il double ainsi son concurrent britannique Robert Falcon Scott qui lui, ne l’atteindra que quelques semaines plus tard, le 12 janvier 1912.

L’expédition de Robert Falcon Scott pour la Royal Navy est entrée dans la légende notamment en raison de son issue tragique. Le Terra Nova, le trois-mâts dirigé par Scott, arrive à la barrière de Ross le 4 janvier 1911. Un campement est organisé afin d’hiverner (dans la nuit polaire, les températures tournent autour de – 65°) et d’attendre le prochain été austral pour parcourir les 1450 kilomètres qui séparent les hommes du pôle. Fin 1911, ils démarrent avec chevaux, chiens et traîneaux à chenilles, mais bien vite, les rations commencent à manquer, les animaux sont décimés et les machines hors circuit. Ce sont quatre hommes qui arrivent au pôle, dépités et vaincus par l’équipe norvégienne. Leur retour est un véritable calvaire. Dans des températures de plus en plus basses, épuisés, affamés, les derniers explorateurs finissent par être immobilisés dans leur tente par une tempête durant plusieurs jours. On ne retrouvera les corps gelés dans leurs sacs de couchage que sept mois plus tard…

Avant le tournage de Nanouk l’Esquimau par Robert Flaherty (1922), cette expédition est l’occasion de conférer aux immensités glacées leurs lettres de noblesse dans le domaine du cinéma. En effet, le capitaine Scott est accompagné du photographe et cinéaste Herbert Ponting qui va ramener quantité de pellicules et de clichés documentant le voyage. Plusieurs montages de son film sortiront en 1911, en 1914, en 1924, puis en 1933. Une restauration récente de la pellicule par le British Film Institute permet de lui conférer enfin la place qu’il mérite dans l’histoire du cinéma. Le film est caractérisé par la beauté parfois effrayante des paysages rencontrés, mais aussi par divers artifices de montage, de coloration de la pellicule et d’intégration de photographies en stop motion.

Suite à la restauration de l’œuvre, la réalisation d’une nouvelle bande-son a été confiée à Simon Fisher Turner. Son travail a consisté à apporter une réflexion musicale sur le silence qui règne sur la banquise. Dans sa composition, on entendra notamment la cloche du Terra Nova, des disques enregistrés avant 1911 et emportés à l’époque sur le bateau (notamment un aria de Madame Butterfly de Puccini) et même du silence capté en 2010 dans ce qui subsiste de la cabane de Scott ! L’heureuse combinaison des images de Ponting et de cette musique font de la vision du film une incroyable expérience sensorielle.

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lundi 20 juin 2011

Nous, leur gloire

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Parfois, le hasard fait bien les choses... Le jour où j'ai posté ici mon texte concernant l'expédition polaire de Robert Falcon Scott, j'ai reçu une anthologie de textes consacrés à la naissance du cinématographe (sur sa réception dès 1895, sur ses implications esthétiques...) avec des signatures aussi prestigieuses que Guillaume Apollinaire, Andreï Biély, Vladimir Maïakovski, Franz Kafka, Jack London... J'en passe et pas les pires. Cet ouvrage permet d'appréhender un moment culturel auquel on n'assiste pas régulièrement : l'apparition et la floraison d'une forme artistique. Le rapport du cinéma avec la photographie, la littérature et le théâtre, ses accointances avec le système capitaliste-industriel sont abordés par ses témoins directs, qu'ils soient écrivains, penseurs ou eux-mêmes cinéastes.
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Qu'elle ne fut pas ma surprise d'y trouver un texte de Colette intitulé L'expédition Scott au Cinématographe (1914). Ce film me poursuivait et j'ai donc décidé de communiquer ici les impressions de Colette telles qu'elle les a publiées dans Le Matin du 4 juin 1914 (texte issu deBrunet, A. Colette et le cinéma. Paris, 2004, pp. 286-289 avant d'être repris par Banda, D. et Moure, J., 20008, pp. 322-324.
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"Quand Rigadin fait la noce ou que Ma belle-mère va aux eaux ou qu'un Enfant volé met aux prises, avec un ravisseur cravaté d'écossais, une petite fille de comédie aux yeux de vieille rouée - Paris y court, les murs de la banlieue le crient, la province et l'étranger, reconnaissants, héritent, la semaine qui suit, de ces "films sensationnels".
Mais que Scott et ses compagnons, avant de périr au pôle Sud, recueillent pour le monde habité des images vivantes, des portraits animés d'un pays inconnu, cela fait ici un peu moins de bruit que le dernier ballet étranger - ce n'est pas dire beaucoup. Pourtant un spectacle comme nous avons vu hier soir honore - faut-il écrire réhabilite ? - le "cinéma" que l'on est en train de déconsidérer. Pendant deux heures trop brèves, la merveille de ce temps, le Cinématographe, recouvre sa fraîcheur de miracle, cesse enfin d'être un bon ustensile à vaudeville, à grotesques imbroglios. Un jour, il n'y aura sans doute, pour la jeunesse et l'enfance, plus d'autre méthode d'enseignement que le film. Nous trouvons toutes les leçons dans celui d'hier soir. La voix blanche d'un récitant lit, brièvement, froidement, le plus beau résumé d'une aventure héroïque, ne s'attendrit pas aux privations, aux tortures, à l'agonie de l'expédition Scott, mais l'émotion naît et se propage, sous cette voix monotone et convaincue de croyant, qui laisse tomber les mots fréquents de "Neige... perdus... infranchissable... mort... honneur...". L'émotion, ai-je dit, non la tristesse. Tant de beautés terrestres, fussent-elles désolées, enchantent, et tant de courage, fût-il à la fin foudroyé, engendre l'enthousiasme. Et que de voyageurs assis, de vagabonds enchaînés se penchaient hier, comme moi, vers l'eau salée, mordante et sombre, qui berçait les pavés de glace concassés par l'étrave du navire ! Savoir comment vole la neige par quarante degrés de froid, toucher le duvet du poussin pingouin qui vient de crever son oeuf... La démarche des pingouins, leurs gestes de petits notaires ventrus aux bras courts, leur familiale douceur, le velours mouillé et à demi gelé qui vêt la mère phoque, au corps en olive, et son petit qui tète, cela est à nous maintenant, cela est en nous, et aussi l'image surprenante du morse qui taille, de ses dents, les degrés de son débarcadère sur une rive de glace... Nous savons comment niche et couve la mouette antarctique, palpitante à peine sous les yeux de l'homme qui l'observait. Nous n'oublierons plus que la bête ingénue, la bête qui n'a pas encore souffert de l'homme, l'affronte familièrement, l'interroge, le traite en égal, sur ces rivages sans sable et sans terre, comme dans un âpre Paradis terrestre...
Le volcan Erebus, dont cinquante paire d'yeux humains n'ont certes pu contempler la cime ébréchée, nous goûtons ce privilège de posséder dans une pourpre rose, sa fumée couchée sous le vent du Pôle... Cette fumée rose et noire, cette image menaçante et magnifique, il a fallu, pour qu'elle vienne jusqu'ici, que des hommes - ceux-là qu'on nous montre noirs de froid, le visage pelé par places - partent, pris de la curiosité mortelle, de l'orgueil des "découvreurs". Il a fallu que l'un, immobile pendant neuf heures dans un sac de renne, attende le morse joueur qui plongeait, émergeait, replongeait et montrait sous l'eau durcie ses beaux yeux de chien... Cet autre s'ensevelissait sous la tempête de neige qui couvrait aussi les nids d'oiseaux... Un troisième, un quatrième, cependant, dressaient la tente, fondaient ensemble la neige, le bouillon et le cacao congelés, cuisaient la viande des chiens de traîneaux, le sang sec pour les poneys...
Il a fallu que Scott, à la longue figure aventureuse et sage, s'éloigne sur le désert blanc, lentement, la main à la bride de son cheval, en envoyant - vers qui ? vers nous ? - un suprême, un inestimable geste d'"au revoir"... Il a fallu qu'il périsse, avec tous ceux-là dont les joues crevassées rient encore sur l'écran, et que jusque dans la mort, en préservant les films, les clichés, les manuscrits, ils n'aient songé qu'à nous - nous, leur gloire."
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jeudi 16 juin 2011

Le paradis blanc

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On se réjouit de voir un des films les plus excitants du moment : The Great White Silence de Herbert Ponting (1924, édité et restauré par le British Film Institute ces jours-ci, voir bande annonce ci-dessus). Tourné en 1910-1912 lors de l'expédition du Terra Nova du capitaine Robert Falcon Scott jusqu'au pôle Sud, ce reportage bénéficie pour sa nouvelle édition d'une bande-son de l'excellent Simon Fisher Turner. Drones, solitude et grands espaces glacés au programme. Bref, tout ce qu'on aime.
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Du coup, on replonge dans le magnifique ouvrage de photographies d'Yves de Chazournes L'aventure des Pôles (paru en 2010 aux éditions Place des Victoires). Parmi d'autres aventures, ce livre nous présente l'expédition tragique du capitaine Scott et de son équipage à travers plusieurs dizaines de magnifiques photographies, elles aussi réalisées par ce premier grand reporter du paradis blanc Herbert Ponting (voir les quelques exemples ci-dessus, issus des archives de la Royal Geographical Society de Londres). Le drame de cette expédition peut être résumé en quelques mots. Le 4 janvier 1912, alors que le Terra Nova est immobilisé à proximité de la barrière de Ross, Scott choisit quatre hommes afin de rejoindre le pôle Sud, en traîneaux, puis à pied. Ils y arriveront le 16 janvier, mais trop tard : le Norvégien Roald Amundsen y a planté son drapeau le 14 décembre 1911... Sur le chemin du retour, un des hommes tombera d'épuisement et de faim. Afin d'épargner les vivres, un deuxième se sacrifiera en partant seul dans le grand froid. Tout cela en pure perte. Sept mois plus tard, on retrouvera les cadavres gelés des trois derniers, dont le capitaine, emmitouflés dans leurs sacs de couchage, à dix-huit kilomètres à peine d'un dépôt de provisions important. Quand la course à l'inconnu pouvait encore donner des frissons...
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