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mercredi 29 janvier 2014

Le terril (11)


Les pentes du terril sont escarpées et lorsque j'y glisse, j'ai rarement l'occasion de me rattraper aux nuages. Quand mon équilibre et la gravité se disputent de la sorte, je commence toujours par jouir de cette perte de repères, momentanée et aveuglante. Ça y est, ma carcasse s'envole : seuls les avions et les oiseaux aventureux auront désormais le loisir de détailler ma calvitie gloutonne. Hélas, le rêve n'a qu'un temps. La chute et ces ronces avides de mes lèvres, ces briques qui veulent rebâtir sur mes fossettes. Mais tout cela n'est rien. Le pire, ce sont les outrages infligés à mes molaires et autres incisives, à ces dents qui me rappellent tous les jours que je suis et terminerai squelette. Quiconque a une bouche le sait, une chambre pulpaire n'est pas une chambre nuptiale, c'est une fournaise. Et l'émail censé la contenir, forteresse blanche de pacotille, n'est le plus souvent qu'une couverture élimée, un maquillage de clown triste, un dépôt de déchets dans un jardin de maison en ruines. Ce matin en quittant le dentiste, une nouvelle radiographie m'enseigne une évidence : ma bouche est une contrée de terrils. Creusement, extraction, tarissement, abandon... Tout y est, si ce n'est que mes dents caressent rarement l'horizon. Et il reste à trouver à qui a profité l'exploitation du minerai... 
Pour reprendre la dédicace de Richard Copans dans son très beau film Racines, ce texte (et la totalité de ce blog peut-être) "est dédié à ceux qui ont mal aux dents, aux chasseurs de fantômes, à ceux qui changent de lieu et de chance."
En avant.

lundi 23 décembre 2013

La danse des possédés (76)

 

Arlt sort bientôt un album présentant une sélection de son répertoire revisité avec l'aide de Thomas Bonvalet (Cheval de Frise, L'Ocelle Mare, Powerdove...). On s'en réjouit, tout comme de la référence à ceci...

mercredi 24 juillet 2013

Vers les cimes (33)


On emporte un roman noir et on découvre une Voix. On peut dire que Le faucheux (Gallimard, collection folio policier) de James Sallis nous a impressionné. Les rues de New Orleans, la misère, la violence, la désillusion, et pourtant quelque chose qui clignote doucement, quelque part. On emprunte quelques mots de la quatrième, puis on livre un extrait du roman : "Lew Griffin, privé black, ancien soldat discrètement remercié, amant d'une prostituée de grande classe, est un solitaire épris de justice. Compassion, désespoir et violence vibrent en lui. Dans une ville comme La Nouvelle-Orléans où les crimes sont aussi nombreux que les cafards, ville blanche et noire de tous les possibles, Griffin voit chaque jour le chaos se mêler à l'espoir. Il est, dans ses rues, un fauve au cœur ouvert : un homme qui se bat et refuse l'inexorable" 

"En fin de compte, je me suis dit que ce n'était pas si différent de la façon dont nous bâtissons tous notre vie, de bric et de broc : un passage de livre par-ci, un titre ou des paroles de chanson par-là, des parcelles de gens que nous avons connus, des scènes de films, une image de nous-même dans laquelle nous vivons, après quoi nous passons à une autre, puis à une autre encore, improvisant notre route d'un jour sur l'autre, au fil de ces années que nous baptisons notre vie.
J'ai laissé tomber et, assis au volant, j'ai regardé les essuie-glaces gifler la pluie de part et d'autre du pare-brise. Tous les cinq kilomètres, il y avait de petits refuges où l'on pouvait se garer et demander de l'aide. A part ça, il n'y avait pas grand-chose, sinon l'eau, le ciel et la pluie.
J'ai pensé à Harry. J'ai pensé à Papa et à Janie, ma femme pendant un peu plus de deux ans, et à mon fils. Pendant quelques instants, tandis qu'un éclair illuminait le ciel et que le tonnerre grondait au loin, au cœur de l'orage, je redevins Corene, comme je l'avais été le temps d'un autre éclair là-bas : jeu de lumières et d'ombre sur le plafond, jusqu'aux mots envolés qui m'auraient permis d'exprimer ce que je voyais, ce que je ressentais, ce que j'avais perdu. Pourtant, contrairement à Corene, il suffisait juste que je m'invente une nouvelle vie et que je me cale contre elle.
Au bureau, j'ai retrouvé les habituels messages d'en bas et l'habituelle accumulation de courrier. Une enveloppe jaune émergeait du tas. Je l'ai ramassée et je l'ai ouverte.

TON PÈRE DÉCÉDÉ CE MATIN 5 H STOP.
OBSÈQUES VENDREDI 10 H STOP.
APPELLE-MOI STOP.
TA MÈRE QUI T'AIME. STOP.

Je suis resté assis longtemps, sans bouger, pensant à tout ce qui avait été : les attentes et les déceptions, les conflits, les reproches, les malentendus, et tout cela avait empiré à mesure que passait le temps. Mais il y avait aussi de bons souvenirs, et je finis par y arriver : Papa et moi en train de travailler sur ma première voiture, un vieux coupé Ford déglingué, dans la cour de derrière. Les petits déjeuners communs alors que nous guettions le lever du jour, au-dessus de la ville, dans les bois où nous chassions le lapin et l'écureuil et où nous tombions parfois sur des balles datant de la guerre de Sécession qui ne manquaient jamais de le plonger dans un silence pensif. Le soir où il avait sorti sa vieille trompette et m'avait, pour la première fois, joué le blues, ce soir-là, j'avais pris conscience qu'il avait, d'une façon ou d'une autre, existé avant moi, une existence sans rapport avec moi, et que ma propre douleur, c'était, confusément, la douleur du monde.
J'ai allumé une cigarette. La Verne avait l'argent, j'avais le temps. Juste appeler Blackie et lui dire que je n'avais pas réussi à retrouver Corene Davis, et voilà. Je serais un homme libre à plus d'un titre. Ensuite, appeler Maman.
J'ai écrasé ma cigarette et j'ai tendu la main vers le téléphone.
Dehors, la pluie avait cessé. La nuit était noire, comme moi."

jeudi 27 décembre 2012

Portrait au bassin de décantation


"Organiser le pessimisme."

"Il nous est permis de prendre dans notre propre main la volonté, ce fouet, et de la brandir au-dessus de notre tête."

jeudi 30 août 2012

La danse des possédés (38)


Pour une gémellité de retour et toujours, pourvoyeuse d'images. 
"Images, donc, pour organiser notre pessimisme. Images pour protester contre la gloire du règne et ses faisceaux de dure lumière. Les lucioles ont-elles disparu ? Bien sûr que non. Quelques-unes sont tout près de nous, elles nous frôlent dans l'obscurité ; d'autres sont parties au-delà de l'horizon, essayant de reformer ailleurs leur communauté, leur minorité, leur désir partagé." (Didi-Huberman, Survivance des lucioles)

vendredi 17 février 2012

Survivance des lucioles

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Le très bel essai de Georges Didi-Huberman Survivance des lucioles (Editions de Minuit, 2009) nous a aidé à voir plus clair. On en profite pour s'intéresser aux insectes bioluminescents. Pour en savoir plus sur ceux-ci, voir notamment ici et pour le livre, voir là.
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