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lundi 1 décembre 2014

Un monde divisé


En kluven värld (Un monde divisé) d'Arne Sucksdorff (1948), c'est un peu La nuit du chasseur avec des animaux. C'est aussi un film qui, à quelques approximations près, pourrait illustrer le dualisme nature/culture qui marque l'esprit occidental depuis quelques siècles (avec ici, la nature sauvage, la prédation, la nuit, le froid VS les maisons chauffées au loin, fermées, presque étanches à l’environnement extérieur). 
Et de se demander, pendu aux moustaches d'un renard ou aux serres d'un hibou, si le monde est réellement divisé ?

vendredi 21 mars 2014

Le terril (13)


Là où je vis, les hommes pensent que le monde a la forme d'un terril. 
Au commencement, dit-on, il n'y avait qu'un grand feu, sans âge et sans limites. Et cette fournaise, dit-on, un jour, se fragmenta. Et le temps, et les étoiles, et la matière naquirent. L'ordre et le désordre pourraient désormais s'affronter. Une immense boule de flammes, dit-on, avait erré durant plusieurs éternités avant de trouver un ciel qui deviendrait notre ciel. La boule de feu, dit-on, changea autant de fois de forme qu'il y aurait un jour des formes différentes dans le monde. Elle prit son temps et cela dura encore beaucoup d'éternités, Dieu est la nature et la nature est infinie. Enfin, dit-on, le feu parut s'éteindre et le monde prit l'aspect d'un tas de lave durcie. Il n'y avait pas encore de mers, et de montagnes, et de bois, et d'oiseaux, et de vers de terre, et de lichens... Des géants porteurs de hottes, dit-on, un jour se levèrent et commencèrent à gravir les pentes de ce monde naissant. Chacun de leurs pas, dit-on, formait des continents, des falaises, des grottes et toute la dentelle de la terre. Leur sueur et leurs larmes coulaient au sol par torrents, et la vie vint ainsi de l'effort et de la joie. Quand ils parvenaient au sommet, dit-on, ils se retournaient et observaient le ciel avec amertume. Déjà, ils connaissaient leur fin. Ils s'engouffraient alors, dit-on, dans d'immenses galeries où ils allaient remplir leurs hottes. Qu'y avait-il au fond de ces tunnels ? Nul ne le saura jamais. Le mystère, dit-on, nous protège du chaos et du mal. Ils sortaient et déversaient tout leur fourbi sur les pentes du monde. Et c'étaient des animaux qui commençaient à courir, à voler, grogner, frétiller et bourdonner. Quand les hommes furent ainsi jetés sur la terre, dit-on, les géants se regardèrent et explosèrent. C'était au tour de l'homme, dit-on, de se hisser vers les cimes et de creuser pour atteindre le feu. Nous en sommes toujours là.
Le monde est un terril. 
En avant.

lundi 9 décembre 2013

Le terril (7)


Que celui qui n'a jamais vu le monde se morceler jette la première pièce de puzzle !
Des bruits de motos au loin. Et la boue. Penser à jeter des clous ? Sur le bord d'un sentier, un puzzle offre une image réduite du terril qui est un peu le monde : usé et composite. Mais ses pièces n'épousent-elles pas parfaitement les feuilles mortes et le gravier ? Cette apparente dysharmonie se mue progressivement en autre chose. Et réconforte finalement plus qu'elle n'abat : le Jeu est partout. En avant.

mardi 14 mai 2013

Mnémotourisme (19)


Cette carte (cliquer dessus pour l'agrandir) est réalisée en 1881 par Francis Galton. Publiée par la Royal Geographical Society, sa légende est la suivante : 

"Isochronic Passage Chart for Travellers showing the shortest number of days journey from London by the quickest through routes and using such further conveyances as are available without unreasonable cost. It is supposed that local preparations have been made and that other circumstances are favorable." 

Il s'agit donc d'indiquer le temps nécessaire pour se rendre dans n'importe quelle région du monde en partant de Londres, "par les itinéraires les plus rapides, avec les moyens disponibles à un coût raisonnable."

Pour compléter la légende :
en vert : moins de 10 jours
en jaune : entre 10 et 20 jours
en bleu : entre 20 et 30 jours
en rose : entre 30 et 40 jours
en beige : plus de 40 jours

En parallèle un tantinet ironique à ce sympathique document, un autre, tout aussi réjouissant :

"(...) transporter avec une rapidité féérique, incroyable, effrayante, de l'extrémité d'une contrée à l'autre extrémité, d'un empire à un autre empire, non seulement des familles nombreuses, mais de puissantes armées, leurs vivres, leurs bagages, leurs coursiers et tout l'attirail de la guerre ; mais des peuplades, des nations et même la variété infinie des objets qui constituent la vie matérielle ; faire circuler avec la même promptitude sur tous les points du globe les productions de toutes les latitudes, les chefs-d’œuvre de l'industrie et les élucubrations de la pensée humaine ; transformer la surface de la terre en une immense place de commerce où chaque lieu, même le plus désert, devient tout à coup un magnifique bazar qui recèle et déploie les richesses les plus variées et toutes les richesses imaginables : Quel rêve ! Quel miracle ! et ce rêve, notre siècle l'a réalisé ; ce miracle, son génie l'a opéré, cela existe, ce n'est plus qu'une chose commune que l'on rencontre partout. On le voit, il n'y a plus de limites entre les contrées, plus de distances entre les peuples, toutes les différences vont disparaître ; nous arrivons enfin à la solution du problème qui travaillait l'esprit des philosophes ; la fusion du genre humain dans l'unité."
La Sentinelle des chemins de fer du Midi. Journal des employés et des voyageurs, 1855.

On tire cet extrait de Panorama du voyage (1780-1920) Mots, figures, pratiques de Sylvain Venayre (Les Belles Lettres, 2012), ouvrage au contenu tout à fait passionnant dont on entamera vraiment la lecture après avoir achevé l'indispensable Les circulations dans l'Europe moderne XVIIe-XVIIIe siècles de Daniel Roche (Fayard-Pluriel, 2010, paru initialement sous le titre Humeur vagabondes en 2003). De quoi s'informer sur les habitudes de mobilité de l'espèce humaine durant les derniers siècles. Sans bouger de sa boîte, cela va de soi.

lundi 7 janvier 2013

L'usage sonore du monde (19)


Walter Ruttmann Melodie der Welt 1929 (un extrait ci-dessus et le film entier ci-après)

mardi 16 octobre 2012

Où est le centre du monde ?




 

 


 


En songeant encore à L'entretemps de Patrick Boucheron (Verdier, 2012), on observe ces différentes représentations du monde, élaborées par des savants à divers moments et en divers lieux de l'histoire. Où l'on constate la variabilité des points de vue adoptés et où l'idée d'un centre achevé et définitif est réduite en poussière.
De haut en bas, on trouve une reconstitution (datant de 1898) de la carte de Pomponius Mela (vers 43), une reconstitution (du 15e siècle) de la carte de Ptolémée (vers 90-168), la Mappa Mundi du moine espagnol Beatus de Liébana (mort en 798) dans son Commentaire de l'Apocalypse de Jean, le monde orienté sud/nord du géographe et botaniste arabe Al Idrissi (vers 1100-1165), la carte du couvent bénédictin d'Ebstorf (vers 1300, détruite pendant le bombardement d'Hanovre en 1943), la Mappa Mundi d'Hereford (vers 1300), l'incroyable carte Kangnido, réalisée en Corée en 1402 d'après des sources chinoises (voir la taille de la Chine au centre par rapport à l'Europe, l'Afrique et le Moyen Orient au niveau des deux péninsules à gauche, cliquer ici pour en savoir plus, ça en vaut la peine), et l'Atlas d'Andrea Bianco (1436).
Ces illustrations et informations sont issues de l'article 'mappemondes anciennes' (sur W...) dont les différents liens donnent plus d'information sur chacune de ces représentations.