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mercredi 26 août 2009

Objets, sons et écoute

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Olivier Toulemonde est un musicien improvisateur français qui réside actuellement à Bruxelles. La curiosité, la liberté de pratique et la capacité d'écoute qui l'animent l'ont notamment amené à abandonner son premier instrument, le saxophone, pour divers objets quotidiens (fouets de cuisine, verres en plastique, blocs de polystyrène, billes, plateaux, antennes CB, ressorts...) dont il exploite les propriétés acoustiques avec une grande inventivité. Parfois, il emploie un ensemble électroacoustique composé de longs ressorts et de fils tendus. Il s'investit enfin dans l'enregistrement de terrain (il a d'ailleurs animé un stage dernièrement pour l'Association vu d'un Oeuf).
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On a déjà croisé sa route plusieurs fois : à Liège avec la saxophoniste Christine Sehnaoui et le tromboniste Mathias Forge (on en parlait ici), mais aussi l'année passée au festival NPAI pour une performance fascinante : Sismographe. Pour cette dernière, le musicien exploite les nombreuses et subtiles variations sonores de divers objets, tandis que, dans la pénombre, la danseuse Yukiko Nakamura, tel un spectre lent et possédé, passe à travers la foule inquiète, se contorsionne et s'étale, nue et fragile. La scène est également rythmée par la projection successive sur tous les murs de la salle des signes abstraits tracés au fur et à mesure par le dessinateur Nicolas Desmarchelier. Un ballet captivant durant lequel pour reprendre leurs propres mots :
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"L’un projette le son, l’une est corps, l’autre dessine.
Du son au trait, le geste oscille.
Interférence et confusion des signes.

L’un, l’une et l’autre autonomes se rejoignent
aux creux des sons,
dans les plis de la peau,
de la page.
Interférence et confusion des signes.
Le geste oscille
."
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Enfin, le samedi 9 août dernier, on l'aura vu à la Cellule 133 (lors d'un concert organisé par Jean-Michel Van Schouwburg) en compagnie de la pianiste Marjolaine Charbin, de Sebastian Lexer (au piano et au laptop) et du saxophoniste Frans Van Isacker. Encore plus que pour les précédents, on aura remarqué pour les sets de cette soirée une volonté d'écoute et d'attente remarquable entre les artistes. L'utilisation iconoclaste du piano, les sons étranges des ustensiles s'interpénètrent petit à petit pour créer un réseau de significations sonores interpellant et touchant à la fois.
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Enfin, je découvre avec beaucoup de plaisir Rocca, enregistré en duo avec la chanteuse Agnès Palier (Creative Sources, 2005). Un album formidable où les improvisations vocales rivalisent d'intensité avec les chuintements, frottements et divers accidents sonores contrôlés de Toulemonde. Souvent, on entend se construire ce qui ressemble à une rage intériorisée, qui peine à être évacuée et qui a du coup des effets toniques sur l'auditeur. Bref, une musique, des sons, c'est comme on le préfère, rares, qui avancent, vivent, expérimentent, sans oublier de toucher les sens.
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A Bruxelles, dans les semaines à venir, Olivier Toulemonde sera en résidence au QO-2 du 1 au 13 septembre et à Zennestraat 17 les 24 et 25 octobre.
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lundi 2 février 2009

Liège, Beyrouth et Ystad

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Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y avait peu de monde pour assister à la performance de Christine Sehnaoui (saxophone), Olivier Toulemonde (objets acoustiques) et Mathias Forge (trombone) ce samedi 31 janvier à l'An vert à Liège. Absence de publicité, désintérêt et/ou absence d'un public liégeois amateur de musiques improvisées... Il est difficile de pointer les causes de ce type de semi-échec qui ne doit malheureusement pas encourager les musiciens et organisateurs de concerts à mouiller leur chemise. Dommage...
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Je parle de semi-échec, car, par bonheur, ces artistes ont la foi et ont malgré tout fait profiter le public présent de leur jeu. Ici, l'approche réductionniste ne signifie jamais apprauvissement du discours musical. Plus que jamais basée sur des principes de tension, l'improvisation alterne micro-évènements, silences et emballements soudains. Les différents objets acoustiques (archet, fouet de cuisine et autres frottés sur divers supports), le trombone et le saxophone sont traités de sorte qu'à l'écoute, il est parfois difficile de les distinguer. Il en résulte une musique-création fascinante.
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Je profite de l'occasion pour acquérir un album qui me fait de l'oeil depuis quelques temps : Beirut-Ystad (Olof Bright, luxueux label dirigé notamment par Mats Gustaffson). Les deux disques qui le composent ont été enregistrés début septembre 2006 lors d'un festival à Ystad en Suède. L'objectif de ce dernier était de réunir la jeune scène libanaise de l'improvisation et des musiciens allemands, danois, hollandais et suédois. Ainsi, aux côtés de certains des musiciens libanais dont il a déjà été question ici, entre autres Christine Sehnaoui (saxophone), Mazen Kerbaj (trompette), Sharif Sehnaoui (guitare), Jassem Hindi (électroniques), Bechir Saadé (clarinette), on retrouve le vétéran Sven-Ake Johansson (percussion), Mats Gustaffson (saxophone), Annette Krebs (guiatre) ou encore le génial inventeur d'instruments Michel Waisvisz (cracklebox).
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Les morceaux présentent ces musiciens selon différentes combinaisons, montrant l'universalité du langage de l'improvisation musicale et une grande diversité de propos. On passe ainsi de climats orageux à la limite du noise à des interventions pointillistes où souffles hoquetés rivalisent avec frottements et autres grincements. A l'écoute, on ressent la reconnaissance et la compréhension immédiates qui ont présidé à ces rencontres. Le festival a eu lieu juste au lendemain du conflit israélo-libanais de 2006, ce qui confére à l'évènement une dimension supplémentaire. Comme l'écrit Bechir Saadé à l'organisateur du festival Thomas Millroth dans un e-mail reproduit dans le carnet du disque : "For us, music is more than ever a message of peace and closeness to our humanity. That's why this coming music will be strong and powerful, will emanate like thunder."
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Le superbe packaging de l'album a été conçu, comme les sorties du label Al-Maslakh, par Mazen Kerbaj.
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