dimanche 2 octobre 2011

Vers les cimes (13)

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J'ai (à nouveau) 10 ans. Je lis Les trois mousquetaires (1844). Ici, un extrait du chapitre d'ouverture, Les trois présents de M. D'Artagnan père :
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"Mon fils, avait dit le gentilhomme gascon, dans ce pur patois de Béarn dont Henri IV n’avait jamais pu parvenir à se défaire, – mon fils, ce cheval est né dans la maison de votre père, il y a tantôt treize ans, et y est resté depuis ce temps-là, ce qui doit vous porter à l’aimer. Ne le vendez jamais, laissez-le mourir tranquillement et honorablement de vieillesse, et si vous faites campagne avec lui, ménagez-le comme vous ménageriez un vieux serviteur. À la cour, continua M. d’Artagnan père, si toutefois vous avez l’honneur d’y aller, honneur auquel, du reste, votre vieille noblesse vous donne des droits, soutenez dignement votre nom de gentilhomme, qui a été porté dignement par vos ancêtres depuis plus de cinq cents ans. Pour vous et pour les vôtres – par les vôtres, j’entends vos parents et vos amis, – ne supportez jamais rien que de M. le cardinal et du roi. C’est par son courage, entendez-vous bien, par son courage seul, qu’un gentilhomme fait son chemin aujourd’hui. Quiconque tremble une seconde laisse peut-être échapper l’appât que, pendant cette seconde justement, la fortune lui tendait. Vous êtes jeune, vous devez être brave par deux raisons : la première, c’est que vous êtes Gascon, et la seconde, c’est que vous êtes mon fils. Ne craignez pas les occasions et cherchez les aventures. Je vous ai fait apprendre à manier l’épée ; vous avez un jarret de fer, un poignet d’acier ; battez-vous à tout propos ; battez-vous d’autant plus que les duels sont défendus, et que, par conséquent, il y a deux fois du courage à se battre. Je n’ai, mon fils, à vous donner que quinze écus, mon cheval et les conseils que vous venez d’entendre. Votre mère y ajoutera la recette d’un certain baume qu’elle tient d’une bohémienne, et qui a une vertu miraculeuse pour guérir toute blessure qui n’atteint pas le cœur. Faites votre profit du tout, et vivez heureusement et longtemps.

Je n’ai plus qu’un mot à ajouter, et c’est un exemple que je vous propose, non pas le mien, car je n’ai, moi, jamais paru à la cour et n’ai fait que les guerres de religion en volontaire ; je veux parler de M. de Tréville, qui était mon voisin autrefois, et qui a eu l’honneur de jouer tout enfant avec notre roi Louis treizième, que Dieu conserve ! Quelquefois leurs jeux dégénéraient en bataille et dans ces batailles le roi n’était pas toujours le plus fort. Les coups qu’il en reçut lui donnèrent beaucoup d’estime et d’amitié pour M. de Tréville. Plus tard, M. de Tréville se battit contre d’autres dans son premier voyage à Paris, cinq fois ; depuis la mort du feu roi jusqu’à la majorité du jeune sans compter les guerres et les sièges, sept fois ; et depuis cette majorité jusqu’aujourd’hui, cent fois peut-être ! – Aussi, malgré les édits, les ordonnances et les arrêts, le voilà capitaine des mousquetaires, c’est-à-dire chef d’une légion de Césars, dont le roi fait un très grand cas, et que M. le cardinal redoute, lui qui ne redoute pas grand-chose, comme chacun sait. De plus, M. de Tréville gagne dix mille écus par an ; c’est donc un fort grand seigneur. – Il a commencé comme vous, allez le voir avec cette lettre, et réglez-vous sur lui, afin de faire comme lui.

Sur quoi, M. d’Artagnan père ceignit à son fils sa propre épée, l’embrassa tendrement sur les deux joues et lui donna sa bénédiction."

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vendredi 30 septembre 2011

The Great Park & Cam Deas

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Le concert a lieu ce dimanche 2 octobre au Cercle du Laveu (Rue des Wallons, 45 - Liège). Ce sera bel et bon. Plus d'infos sur The Great Park ici et sur Cam Deas là.
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La danse des possédés (3)

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jeudi 29 septembre 2011

La fabrique des images

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Après une écoute très stimulante du grand anthropologue français Philippe Descola, ce matin à l'ULg, on plonge dans un de ses classiques publiés dans la collection Terre Humaine : Les lances du crépuscule. Relations jivaros. Haute-Amazonie (1993). Dans cet ouvrage, le scientifique faisait état de son suivi des Jivaros Achar en Amazonie. Pour la peine, en voici un extrait ci-dessous (p. 381 de l'édition de poche) avec en prime une illustration de Philippe Munch d'un chamane soignant un malade issue du livre. Ce matin, Descola exposait quelques concepts clés de ses recherches récentes qui concernent "La fabrique des images" (d'après l'intitulé d'une expo qu'il a dirigée au Musée du quai Branly en 2010-2011) : naturalisme, animisme, analogisme et totémisme. Pour en savoir plus, voir ici plusieurs cours donnés au Collège de France à voir et écouter.
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"Bien souvent, les maux qui affligent le client d'un chamane sont imaginaires ou de type psychosomatique. J'ai vu plusieurs fois des gens quasiment à l'article de la mort, ayant abdiqué toute volonté de vivre tant ils étaient persuadés que rien ne saurait les délivrer de leur ensorcellement, et dont j'aurais pourtant parié qu'ils étaient en parfaite santé, vu l'absence apparente de tout symptôme préoccupant. Entraînés par l'un de leurs proches chez un uwishin renommé dont ils gagnaient la demeure avec une peine infinie, ils s'en revenaient quelques jours plus tard d'un pas vif et la mine florissante, délivrés d'un tourment qui n'avait sans doute jamais eu de base organique. Parce qu'ils apaisent l'angoisse de ceux qui les consultent, parce qu'ils les délivrent de l'aliénation terrible du face-à-face avec la douleur et l'inconnu, les chamanes arrivent même à provoquer un mieux-être temporaire chez des gens réellement malades, toute détérioration postérieure de leur état apparaissant moins comme le signe d'un échec que comme l'indice d'un nouvel ensorcellement sans rapport avec le premier. Contrairement à ce que pensent avec une certaine naïveté les missionnaires catholiques qui imputent le présent mercantilisme des chamanes jivaros à une navrante dégradation des valeurs antiques, il semble bien que le réconfort apporté par la cure soit proportionnel à son prix. Chacun sait ici que la guérison est d'autant plus rapide qu'elle a coûté plus cher, les chamanes ayant compris ce que les psychanalystes ont découvert tardivement, à savoir qu'il faut littéralement "payer de sa personne" pour faire d'une situation de dépendance la condition de son propre salut."
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mercredi 28 septembre 2011

La danse des possédés (2)

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On est à nouveau fasciné par ce clip qui mettait bien en avant le dispositif du néozélandais Greg Malcolm. Souvenirs aussi de l'excellent concert que le bonhomme nous avait offert en octobre 2010, il y a bientôt un an, presque un siècle en fait. Juste avant sa prestation, on avait projeté Les Saisons (1972) d'Artavazd Pelechian. Ce n'était décidément pas un soir comme les autres. Il faut également aller écouter sa version de Lonely Woman d'Ornette Coleman, qui reste démoniaque. La photo ci-dessous prise lors du concert à Liège vient de chez le Ruffian.
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La danse des possédés (1)

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On inaugure une nouvelle section avec un extrait de Coin Coin Chapter One : Gens de couleur libres (Constellation, 2011) de Matana Roberts. Un album incroyable où free jazz, Histoire, révolte et fantômes auront rarement été aussi bien invoqués.
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La danse des possédés, c'est une section qui présentera désormais des tubes (au sens large, on s'en doute) beaux et furieux comme la bave aux lèvres ou les vagues qui explosent sur des falaises d'ailleurs.
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dimanche 25 septembre 2011

Le paradis blanc (6)

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S'il est commun d'affirmer que nos lectures d'enfance nous construisent, peut-on replonger dans nos premiers livres afin de mieux se "connaître" ? Je me souviens peu de mes premiers émois de lecteur. Plutôt que des titres, je peux me remémorer de sensations, le monde n'existait plus, le livre était comme une matérialisation de mon imagination. Il avait été écrit pour MOI, pas de doute. Parmi les premiers romans lus et relus durant de longues journées d'oisiveté, je peux citer l'Histoire sans fin de Michael Ende, Les animaux dénaturés de Vercors ou La machine à explorer le temps de H.G. Wells. Et il y eut Les enfants de Noé de Jean Joubert. L'empreinte laissée par cette histoire était telle que je n'ai pas pu m'empêcher de le relire récemment. Et j'ai compris un certain nombre de choses... Les évènements décrits ont lieu dans le futur, en 2006. Une famille de citadins est partie vivre dans une ferme à la montagne. Tout va bien, mais un matin, la neige commence à tomber et ne s'arrête plus jusqu'à ce que la maison soit entièrement recouverte. Coincée, la famille doit s'organiser pour survivre : nourriture, chauffage et hygiène mentale. La lecture, encouragée par le père, joue un rôle primordial dans le maintien de l'optimisme. Évidemment, l'histoire se termine bien : après quelques semaines, la neige fond et le retour au monde peut avoir lieu. Il est difficile de trouver autant de thématiques aussi importantes (pour moi en tout cas) regroupées au sein d'un même ouvrage : la fin d'un monde, le retour à la nature, la survie et la discipline de vivre, la famille comme rempart, la montagne comme probable paradis perdu, la lecture comme fin et comme moyen, l'isolement qui libère et rend plus fort. Je garde le livre, il est là, à portée de main. Je sais que quoi qu'il arrive, j'ai ce talisman, je suis prêt, je n'ai peur de rien.
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vendredi 23 septembre 2011

Le paradis blanc (5)

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Quelques photographies anciennes de bonshommes de neige. J'avoue que la première, datée de 1902 et prise à Summit dans l'Oregon, donne furieusement envie d'en savoir plus. The Wicker Man in Far West ?
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jeudi 22 septembre 2011

Le paradis blanc (4)

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D'abord, il y a ce nom incroyable : Akira Rabelais. Issu d'une alliance improbable entre science et magie, il semble promettre un ailleurs indéfinissable. Et puis, il y a ce disque Spellewauerynsherde (Samadhisound, 2004) qui, après plusieurs années d'écoutes répétées, parvient toujours à me faire lâcher prise, à me faire considérer ce qu'il n'est pas comme à travers un brouillard épais. L'album du retrait par excellence. L'obsession du musicien pour de vieux enregistrements de chants traditionnels islandais l'a poussé à composer un album entièrement basé sur ceux-ci. D'abord avec une approche très respectueuse, voire craintive, le musicien laisse se développer la poésie et la solennité des chants féminins a cappella récupérés. D'emblée, on glisse sur la glace, on voit des volcans au loin et on imagine des processions rythmées par "ces voix qui se sont tues". Au fur et à mesure de l'album, les manipulations imposées aux mélopées par filtrage, réverb ou écho les rend de plus en plus abstraites. Le chant mélancolique devient alors un vent sans pitié, un blizzard effrayant. Du sensible humain, on est parvenu au terrible des éléments, du beau au sublime en quelque sorte.
Ici, la pièce d'ouverture.
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mercredi 21 septembre 2011

Le paradis blanc (3)

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On découvre la peinture enneigée du Russe Ivan Shishkin (1832-1898). La première toile est conservée au Museum of Russian Art à Kiev et la seconde au State Russian Museum à Saint-Pétersbourg. Sibérie, Call of the Wild, Caspar David Friedrich, Romantisme, chute de Robert Walser : toutes ces associations d'idées entraînent une agréable songerie qui retarde le moment de l'utilitarisme.
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