En premier, on rougit de la recension écrite par le paysagiste sonore Gilles Malatray sur son site, très riche, Des arts sonnants (voir texte ci-dessous). Il nous faut mentionner également une sympathique interview pour l'émission Temps Libre, diffusée sur Radio Grenouille à Marseille le 8 février 2013, et une recension chaleureuse dans le Bulletin de liaison de Barricade, ici en p. 26. Enfin, le livre a été sélectionné comme coup de cœur par la libraire hutoise La dérive. Huy, ville de Pierre l'Ermite, de Colin-Maillard et de Li Tchestia, merci !
"Après avoir lu, et même et relu, le livre d'Alexandre Galand consacré au field recording, paru aux éditions
Le mot et le reste, je vous livre ici quelques notes et impressions.
Tout
d'abord, le classement du genre en trois catégories adopté ici, s'il ne
permet pas de faire entrer toutes les
pratiques et esthétiques dans une boîte précise, a le mérite de
proposer des repères assez lisibles, entre ethnomusicologie,
audionaturalisme et composition (sonore et/ou musicale). Certes,
les choses ne sont pas aussi étanches que cela, l'auteur le
reconnaît lui-même, mais cette classification donne néanmoins une idée
des pratiques où mémoire, patrimoine, recherche, écologie et
paysage sonore, création artistique relèvent du socle commun des
field recordings.
Outils,
méthodes, technique, genre esthétique, l'ouvrage ne cherche pas à
enfermer l'objet d'étude dans une approche
qui se révélerait assez vite réductrice tant, selon les époques, les
objectifs et les preneurs de sons, les field recordings empruntent à
toutes ces démarches.
Le mot field recording reste lui-même difficile à traduire, enregistrement de champ, de terrain, in situ, phonographies...
ce qui conforte d'ailleurs la pluralité de la chose.
Mais
revenons en à l'ouvrage d'Alexandre Galand. Après une courte et très
pertinente introduction, ce dernier a choisi
d'entamer son livre par trois interviews de spécialistes en la
matière, représentant tour à tour l'approche audionaturaliste avec Jean-Claude Roché, ethno-musicologique, avec Bernard
Lortat-Jacob et artistique avec Peter
Cusak, tous trois praticiens reconnus de l'enregistrement de terrain.
Ces
interviews nous permettent de saisir, par la voix de chasseurs de sons
selon une expression régulièrement employée il
y a quelques années, les enjeux et les passions qui animent des
hommes désireux de connaître un peu mieux leur Monde par l'oreille.
Le sous-titre même même de l'ouvrage fait implicitement référence à l'extraordinaire récit de voyage de Nicolas
Bouvier, lequel emportera justement avec lui un des premier et mythique magnétophone Nagra, que lui confiera feu Stefan Kudelski en personne, son inventeur et constructeur.
Nous arrivons ensuite à la deuxième partie de l'ouvrage, la plus consistante, puisqu'elle nous propose 100
enregistrements, couvrant les trois approches définies par l'auteur.
J'ai toujours un a priori à lire une sorte de catalogue discographique, genre parfois assez ennuyeux où se succèdent
descriptions et coups de cœur, de façon parfois assez décousue.
Et
bien dans le cas de ce livre, très heureuse surprise, la lecture se vit
comme un véritable roman d'aventure, avec des
expériences aux quatre coins du Monde, dans des villes
contemporaines, des villages perdus dans des forêts tropicales, sous les
eaux, près des volcans. On y côtoient des artistes,
chercheurs, historiens, des gens "de tous les jours" des tribus
menacées de disparition, voire disparues, des pratiques musicales
propres à un lieu, une culture, des rites sacrés, des
communications animales, des expérimentations musicales et
sonores...
On voit comment certains tentent de rester au plus près de la réalité alors que d'autres puisent de la matière sonore pour
la retravailler et la recomposer parfois assez radicalement.
L'anthropologie,
la sociologie, l'histoire, les nouvelles technologies,
l'expérimentation sonore et artistique se
déploient sous nos yeux, et quasiment sous nos oreilles tant j''ai
eu l'impression d'entendre autant que de lire ces pages, dans une
incroyable variété de gestes et de postures, d'images
visuelles et sonores.
Il
y a là de la magie, du dépaysement, de l'exotisme, sans pour autant que
l'auteur ne donne dans l'emphatique, ou ne nous
assène des idéologies prédigérées. On sent dans ses écrits à la fois
une formidable passion pour le sujet et une sorte de pudeur pour ne pas
trop envahir le sujet du moi personnel. La couverture spatio-temporelle du livre est aussi large que la variété des
pratiques et des expressions artistiques citées.
Tout est clair, documenté, et donne envie de réécouter des enregistrements parfois endormis sur les rayons d'une armoire,
voire de courir en acheter d'autres.
Comme
vous l'aurez sans doute compris, j'ai beaucoup aimé ce livre qui est
devenu pour moi, en peu de temps, une référence
sur un sujet jusque là peu ou pas traité en langue française, en
même temps qu'un livre de chevet, voire de voyage, dans lequel je
navigue régulièrement au gré des époques et des usages sonores
du monde."
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